Devenir des enfants après la séparation des parents

Interview du Pr Jean-Yves Hayez Responsable de l’Unité de pédosychiatrie aux cliniques universitaires Saint-Luc à Bruxelles:

« Le double enthousiasme manifesté par les Etats généraux de la famille, suivis par La Ligue des familles, aussi bien pour l’intérêt de la garde alternée que pour l’idée d’un règlement de cette question par une loi civile , ne sont pas sans me préoccuper.

Discutons d’abord le second point :
Depuis quelques temps, les ingérences inutiles de l’Etat dans le privé des familles et des groupes se multiplient et déresponsabilisent les acteurs de première ligne : on ne pourrait bientôt plus toucher ses enfants pour les remettre à l’ordre ; les instits doivent suivre des règles précises, sauce Nollet, en matière de devoirs scolaires, etc. Notre société se robotise sous le poids des décrets et des lois qui règlementent le quotidien, souvent concoctés par des ministres en surnombre et en mal de justifier leur emploi. Personnellement, j’attends d’une secrétaire d’Etat à la famille qu’elle promeuve les intérêts de celle-ci, pas qu’elle l’installe dans des carcans rigides. Il y a d’ailleurs un paradoxe énorme entre le droit reconnu aux deux parents d’exercer la fonction parentale après séparation et le fait que ce soit ici l’Etat qui l’exercerait à leur place, quand ça touche à une décision fondamentale. Les parents sont assez grands  pour réfléchir à l’intérêt de leurs enfants dans ces circonstances ; ils peuvent se faire aider par des professionnels, par ex. des médiateurs. Et s’ils n’y arrivent pas, des recours judiciaires sont prévus. Faut -il vraiment en plus une loi qui ligote tout le monde dans un standard.contestable en tant que standard?

Quant à l’intérêt même de la garde alternée, à mes yeux, c’est une mesure parmi d’autres, la meilleure dans certains cas, mais pas « la règle » et l’idéal comme on le suggère.

Pour penser à l’appliquer, quatre conditions au moins doivent être réunies :

  • le fait que les parents habitent dans un environnement géographique proche, quelques kilomètres, pour maintenir stable le tissu social et scolaire de l’enfant. Pas donnée à tout le monde cette première condition. Certains disent que, sans le vouloir, la garde alternée est une mesure « de classe » qui n’est accessible qu’aux gens aisés.(il faut encore pouvoir dédoubler locaux et matériel de vie de l’enfant).
  • le fait que les rythmes soient raisonnables, pour permettre à l’enfant de se poser (p.ex., une semaine/une semaine pour les plus jeunes jusqu’à environ 6 ans puis 15 jours/15 jours ou plus, en accord avec l’évaluation spontanée faite par l’enfant ou l’ado, pour les plus âgés.mais certainement pas des rythmes aberrants trois jours /trois jours).
  • surtout, qu’il se soit réinstallé entre les parents une paix raisonnable ; celle-ci leur permet de coopérer effectivement dans l’exercice d’une coparentalité dont les implications concrètes sont nombreuses ; elle évite que l’enfant soit pris comme témoin ou allié des conflits parentaux à haute fréquence, surtout lors des arrivées et départs. Or ce n’est pas ainsi que certains le conçoivent ! Pour eux, la garde alternée, ça pourrait être comme le jugement que Salomon n’a pas voulu faire entre « supposées mères » : si tu as exactement la moitié de l’enfant, tu vas voir, j’exigerai exactement la moitié aussi. On peut m’expliquer où est l’intérêt de l’enfant dans ces gardes alternées en ambiance très tendue ?
  • enfin, il faut que des tiers sereins aient vérifié si la formule enchantait ou intéressait vraiment l’enfant, écouté dans la mesure du possible en dehors de toute pression significative faite sur lui..

Toutes ces conditions ne sont pas réunies si souvent qu’il n’en a l’air, outre l’exception déjà signalée des enfants de moins de 3-4 ans qui ont bien besoin d’une stabilité principale dans leurs repères. Et même quand elles sont réunies, et pour peu que ce ne soit pas ardemment que l’enfant la demande, mais plutôt mollement, personnellement, je ne suis pas persuadé de l’intérêt supérieur de la formule par rapport à une autre, où il y aurait bien un lieu de vie quotidien principal pour l’enfant, mais où l’on aurait aidé les parent à retrouver la paix dans l’exercice de la fonction parentale : alors, les visites à l’autre parent seraient conçues sur un mode très souple, et sa participation à l’éducation serait très effective. Dans un tel contexte, de grandes réorientations pourraient exister, décidées à l’amiable, de loin en loin : par ex. , tel ado garçon pourrait demander à aller vivre chez son père.il faudrait pouvoir lui dire oui. »

Pr Jean-Yves Hayez Responsable de l’Unité de pédosychiatrie aux cliniques universitaires Saint-Luc à Bruxelles

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Il lance un site pour apaiser les tensions entre parents divorcés

TECHNOLOGIE

    • Marre de vous crêper le chignon avec votre ex à propos de la garde des enfants?

    • Rendez-vous sur le site interactif lancé par un père belge, vous y trouverez peut-être une solution.

       

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Lassé de se chamailler avec son ex-femme, un père belge a lancé un site interactif sans équivalent en Europe afin d’aider les couples séparés à apaiser les tensions liées à la garde de leurs enfants et aux tâches partagées.

« La communication entre parents divorcés ou séparés est souvent difficile. Les aspects pratiques liés aux enfants génèrent des conflits inutiles », a expliqué Gill Ruidant, le créateur du site, lancé  en Belgique et en France.

« A la suite de mon divorce, il y a cinq ans, j’ai cherché en vain un site qui m’aiderait à gérer sans heurt, en terrain neutre, avec mon ex-femme, l’organisation de la vie quotidienne de notre fils unique », indique cet homme de 35 ans, salarié d’une start-up américaine. « Il est étrange qu’internet n’offre pas ce genre de services alors qu’il regorge de sites de rencontres pour divorcés! ».

L’objectif de 2houses.com est d’offrir aux parents une interface « neutre et facile à utiliser » qui leur permette de remplir le calendrier de garde, d’inventorier les dépenses partagées et d’échanger les informations concernant le ou les enfants (notes scolaires, dossier médical, tailles des vêtements, photos…

Faciliter le « co-parentage »

« Les parents partagent ainsi sur le site ou par sms les mêmes informations et l’enfant peut avoir accès à certaines d’entre elles, comme le calendrier de garde », indique Gil Ruidant.

Ce « facilitateur de co-parentage », qui n’est « pas une formule magique » selon son concepteur, est accessible en version bêta par abonnement, gratuit jusqu’à février 2012. Sa version définitive sera ensuite payante (6 euros-7,4 francs/parent/mois).

En dix jours, le site, disponible aussi en anglais, a gagné quelque 700 abonnés, dont certains domiciliés aux Etats-Unis ou au Japon.

« Le marché est prometteur car l’Europe compte à elle seule 40 millions de parents divorcés ou séparés. Et 1,6 million de couples nouveaux éclatent chaque année », indique Gil Ruidant, qui a récemment créé une société pour gérer son site.

AFP | 16.11.2011

http://www.tdg.ch/actu/hi-tech/lance-site-apaiser-tensions-parents-divorces-2011-11-16

 

Mais il existe des sites facilitateurs du co-parentage gratuits, il suffit de taper, sur Google . » un site pour faciliter le coparentage »

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La garde partagée 5-2-2-5, vous connaissez?

Question

Je suis une grand-maman soucieuse du bien-être de mes petits anges de 3 ½ ans et 2 ans. Leur père, mon fils, a initié la rupture de la relation de couple. Pour l’heure, les deux parents s’entendent bien et veulent minimiser les impacts de cette rupture sur la vie des enfants. Pour ce faire, ils considèrent la garde partagée (1 semaine/1 semaine) comme piste de solution. Je trouve personnellement, qu’une semaine, sans la présence de l’autre parent, est une très longue période pour de si jeunes enfants. Existe-t-il un modèle plus adapté pour aider ces deux petits à traverser cette épreuve qui nous affecte tous?

Réponse

Vous avez raison, en effet, de vous inquiéter de ce genre de garde partagée. En bas de 8 ans, les enfants ont une conception du temps différente de l’adulte. Il se représente mal ce que c’est 7 jours. Le temps est une réalité abstraite. Rappelez-vous la tendance des parents de dire à leur enfant «ah, il reste deux dodos avant que maman revienne»; cette manière de parler indique que les enfants ont besoin de se rattacher à une expérience concrète afin de pouvoir se représenter le temps. Imaginez-vous la difficulté de concevoir 7 jours! Pour le bien de l’enfant et des ressources s’occupant de l’enfant (garderie, services de garde, école), il est préférable de favoriser des séparations plus courtes de l’autre parent et suivant un rythme stable. Certains experts psychologues à la Cour proposent le type de garde 5-2-2-5 et ainsi de suite. Expliquons plus en détail:

  • Une semaine est constituée de 7 jours.
  • Il y a une fin semaine de 3 jours pour chacun des parents.
  • Il y a 2 jours de semaine pour chacun des parents soit le lundi-mardi ou le mercredi-jeudi.

Par exemple:

  • La mère prend les enfants mercredi-jeudi et poursuit avec sa fin semaine. Elle prend donc l’enfant 5 jours en fait soit du mercredi au dimanche.
  • Le père prend les enfants lundi-mardi (2 jours).
  • La mère prend toujours les enfants mercredi-jeudi (2 jours)
  • Puis le père prend les enfants pour sa fin semaine et poursuit avec son lundi-mardi (5 jours)

 

  • Lundi Mardi Mercredi Jeudi Vendredi Samedi Dimanche
  • Semaine 1 Père Père Mère Mère Mère Mère Mère
  • Semaine 2 Père Père Mère Mère Père Père Père
  • Semaine 3 Père Père Mère Mère Mère Mère Mère
  • Semaine 4 Père Père Mère Mère Père Père Père

Plusieurs avantages se greffent à ce type de garde :

  • La période de séparation le plus long est de cinq jours au lieu de 7 jours ce qui fait une différence énorme pour l’enfant.
  • L’enfant peut être «échangé» via la garderie, le service de garde ou l’école. Il s’agit alors d’amener l’enfant le lendemain matin de son jour de garde se terminant par exemple le dimanche soir, le parent reconduit son enfant le lundi matin à la garderie.
  • Les journées de garde sont toujours les mêmes durant la semaine ce qui fait qu’un parent qui désire par exemple, travailler le soir, étudier, faire un sport, etc. pourra le faire. Même chose, si un parent veut inscrire son enfant à une activité spécifique: il pourra le faire.
  • Avec le type de garde 5-2-2-5, certains parents ont moins l’impression de vivre à deux vitesses: une semaine ils sont parents, et l’autre, ils ne le sont pas.
  • À l’usage, les enfants et les parents ne trouvent pas incommodants les changements de lieu de vie plus fréquents, tout simplement parce que cette garde est plus respectueuse des besoins de l’enfant.

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Les opinions et propos contenus dans cette « Chronique » sont de la seule responsabilité de leur auteur et ne pourront en aucune manière être attribués à PetitMonde.com

Chronique – Publiée le 20/10/2004,Richard Langevin, psychologue