"Il
ne faut pas en faire une psychose", disent les Autorités,
souvent débordées par les cas de maltraitances.
Il n'empêche que, même dans un village, des
faits dramatiques peuvent se passer, sans que les parents
des victimes le sachent. Va-t-on accuser le niveau social
des banlieues, la démission des parents? Une victime,
même enfant, peut parfaitement bien cacher ce qui
lui arrive, par peur de déranger, par peur de ne
pas être cru ou par peur des menaces de son bourreau.
Alors,
parents, soyez à l'écoute de vos enfants,
observez d'éventuels changements de comportement
chez eux, des traces d'automutilation (souvent des entailles
sur les avant-bras) ou des propos évoquant un suicide...
Offrez-leur une denrée de plus en plus rare: du temps
partagé!
Le
couple a été mis en examen pour viols et tentatives
d'enlèvement.
«Cette famille se fondait dans le paysage. Elle n'a
jamais posé de problème. Lui est venu d'un
village à 20 km d'ici, il y a sept ans, elle est
du Nord. Ils se sont mariés ici. La petite faisait
de la gym au club local. Ils fréquentaient les commerces.
Ils ne faisaient pas de bruit.» Le secrétaire
général de la mairie de Villedieu, (Maine-et-Loire)
Gilles Clémenceau, en est interloqué. Rien
à dire, mais tant à imaginer... Le village
vivait avec des «diaboliques», selon l'expression
des gendarmes, et ne le savait pas.
Pleurs
Pour venir en aide à la population sous le choc,
la mairie a dépêché un psychologue de
l'hôpital de Cholet. Il doit tenir sa première
permanence ce samedi. «Des parents se mettent à
pleurer en voyant leurs enfants pleurer, témoigne
Gilles Clémenceau. Il faut désamorcer la psychose.
Chacun se dit : et si mon enfant avait été
victime sans jamais en parler ? On n'est pas préparé
à ça.» Qui le serait ?
Comment un couple tranquille, un père, Dominique
G., 36 ans, une mère, Alfreda, 30 ans, parents de
deux enfants de 2 et 9 ans, a-t-il pu commettre une dizaine
de viols et d'agressions sexuelles sur des fillettes du
village ? Ils sont passés aux aveux, ont
dit les enquêteurs. Qu'en est-il vraiment ? A ces
crimes se rajoute un nombre indéfini, mais de toute
façon affolant si elles sont réelles, de
tentatives d'enlèvements d'enfants, ou de velléités
d'enlèvements.
A l'école Françoise Dolto, où l'aînée
du couple était scolarisée, les parents sont
choqués. «On ne veut rien dire. Mes enfants
n'en dorment plus. Il faut protéger la dignité
des familles», lâche une mère en faisant
faire demi-tour à sa poussette. «Trop de pression.
Respectez les enfants», ordonne un père. Là
aussi, on propose une cellule psychologique.
(...) Le jardin est plein d'enfance : une balançoire,
une piscine rose à demi-dégonflée,
des Legos, une trottinette sur un tas de feuilles.
«Les enfants jouent tous dehors, l'été.
Mais on ne se connaît pas vraiment. On est peut-être
passé à côté de quelque chose,
qu'on aurait pu dire, faire, se demande un voisin.
Des allées et venues de voitures devant leur maison,
il y en a peut-être eu, mais comme devant chez moi
pour me rendre visite. C'est pas pour ça que c'est
suspect...»
Le rôle de l'épouse, passive, complice ou associée
aux crimes de son mari, trouble une voisine : «Cette
femme a dû avoir une histoire douloureuse.»
Objet
Tous s'interrogent depuis qu'Aurélia, 6 ans, enlevée
le 20 novembre en plein jour et séquestrée
par le couple, a été retrouvée le lendemain.
Que lui ont-ils fait ? Le parquet d'Angers a indiqué
que l'enfant a été «utilisée
comme un objet» et soumise à des scènes
de violence. Pourquoi a-t-elle été enlevée
? «Parfois, il avait envie d'une petite fille»,
rapporte la procureure Brigitte Angibault. Les enquêteurs
ont expliqué que l'homme n'a pas proféré
le moindre remord. Les autres fillettes, victimes supposées
du couple, appartiendraient au voisinage. Selon le parquet,
l'épouse n'était pas nourrice agréée
mais elle «proposait à ses relations de garder
leurs enfants», à titre d'«entraide».
Autre sujet d'interrogation, peut-être même
d'effroi : aucune plainte n'a jusqu'ici été
enregistrée.
Les seules certitudes ne sont pas de nature à apaiser
l'angoisse du village. Le couple a été
mis en examen pour viols et agressions sexuelles sur mineures,
commis en réunion, et tentatives d'enlèvement.
(...) Une relation du couple, une femme, est mise en examen
pour «non-dénonciation de crime», accusée
d'avoir su qu'Aurélia était présente
chez le couple, et de ne pas l'avoir dit. Elle aussi se
fondait-elle dans le paysage «sans poser de problème»
? "
Nicolas de la Casinière, pour Libération,
27.11.2005