Dans
le Département 93, violeurs, drogués, racketteurs...
mais aussi policiers
"
Six gardiens de la paix du commissariat de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis)
formaient une équipe de hors-la-loi qui ont violé
dans les véhicules de service et racketté
en uniforme de police des prostituées étrangères
sur un parking à routiers de la Porte de la Chapelle.
Ils ont été mis en examen et écroués
cette semaine.
Victime
Soudés dans le travail en «brigade de roulement»,
Sébastien, David, Loïc, Bernard, Laurent et
un comparse, tous âgés de 26 à 29 ans,
venus de l'est et du nord de la France, échoués
direct dans ce service du «93» après
l'école de police, traitaient le tout venant des
appels sur le «17» de Police Secours, vols de
portables et «différends familiaux»,
bagarres et deal. Ils tournaient en général
en soirée jusqu'à 2 heures du matin. Ils ont
parfois été obligés de prendre un «nouveau»
à bord du véhicule de service. Et c'est ce
qui les a perdus. Ils ont été dénoncés
l'hiver dernier par d'autres collègues qui ont parlé
à «un gradé». Alerté, le
commissaire en a référé à son
directeur départemental de la sécurité
publique qui a saisi le parquet de Bobigny et l'IGS (la
police des polices). Le 5 février, l'enquête
a commencé en terrain miné autour de ces six
suspects, déjà au courant de ce qui se tramait
: «On avait affaire à des professionnels, des
gens du métier qui savaient qu'on savait, préparaient
leur défense et se tenaient donc à carreau»,
souligne un enquêteur. En l'absence de plaintes des
victimes, les flics de l'IGS les ont cherchées et
les ont trouvées.
Ces filles roumaines et indonésiennes qui tapinaient
sur les boulevards des maréchaux ont relaté
les contrôles d'identité non réglementaires
pratiqués par la fine équipe. Ils ciblaient
des prostituées sans papiers, parfois porteuses de
shit, ou en train de racoler. Ils utilisaient ces infractions
comme moyens de chantage. Pour confisquer l'argent des passes
et obtenir des faveurs sexuelles. Du «maquereautage»,
selon un enquêteur. Puis les filles n'ont plus voulu
de ces «arrangements». Selon elles, ils ont
continué à les racketter, à les embarquer
et à les violer. Ils ont parfois abusé d'elles
à bord des voitures de police sur une aire de stationnement
de la Porte de la Chapelle. Des vigiles chargés de
la sécurité du parking ont observé
le manège et confirmé à l'IGS des déclarations
de prostituées. Six autres policiers du commissariat
de Saint-Denis ont aussi témoigné contre les
«ripoux».
Houlette
L'IGS a recensé «une dizaine de victimes, entre
Pâques et novembre 2003». Au bout de cinq mois
d'investigations et de surveillances, sous la houlette du
procureur de Bobigny, les six suspects ont été
interpellés le jour de l'été. Le 23
juin, la juge d'instruction Michèle Ganascia les
a mis en examen pour «viols commis par personnes abusant
de leur autorité», «vols en réunion»,
«infraction à la législation sur les
stupéfiants» et «non-dénonciation
de crime». Ils ont tous été placés
en détention provisoire. Jean-Luc Garnier, leader
du syndicat de policiers en tenue Alliance (droite), a stigmatisé
hier «la dérive de jeunes morpions immatures,
aussi paumés que des gamins de banlieue mais plus
instruits, et livrés à eux-mêmes»
et a déploré «l'absence d'encadrement,
de vieux brigadiers avec de la bouteille capables de les
tenir».
Une ritournelle servie après chaque bavure. Le commissariat
de Saint-Denis, qui regroupe 190 policiers, du planton au
chef, compte à ce jour dix-huit mis en examen pour
des «violences illégitimes» ou des viols."
Un article de Patricia Tourancheau.
Source
: LIBERATION (26 juin 2004)
Presse
locale: «Méfie-toi d'abord
de ceux qui sont censés veiller sur toi.» Comment
faire passer un tel message aux enfants?
le 23 Août, 2002 -
Les
prédateurs d'enfants sont le plus souvent des personnes
familières. Les spécialistes le répètent,
le meurtre de Holly et Jessica le rappelle. Mais
les parents peinent à intégrer une réalité
difficile à regarder en face.
Le
psychologue Philip Jaffé livre des pistes
C'était
donc le concierge de l'école, soutenu par l'assistante
éducative. Le meurtre récent de deux fillettes
en Grande-Bretagne rappelle au public bouleversé
que les prédateurs d'enfants font souvent partie
du cercle de leurs proches. Et pourtant, dans les mises
en garde des parents, les inconnus continuent de jouer le
rôle principal, note le psychothérapeute Philip
Jaffé, spécialiste en psychologie légale,
chargé de cours à l'Université de Genève,
très actif sur le front de la prévention.
Enseigner à un enfant à se méfier des
inconnus est donc à la fois indispensable et insuffisant.
Mais que dire, et comment?
Le
Temps: Pour résumer, les enfants doivent apprendre
à se méfier en priorité de ceux qui
sont censés veiller sur eux. Comment faire passer
un tel message sans semer la panique?
Philip
Jaffé: C'est compliqué, oui. L'enfant doit
pouvoir se défendre de personnes auxquelles il a
appris à devoir respect et obéissance: l'enseignant,
le chef scout, le vieux monsieur voisin de palier. Il doit
comprendre que le monde n'est pas divisé nettement
en gentils et en méchants. Je ne vois pas d'autre
solution que de dispenser une prévention à
la hauteur de ces incertitudes. Dire: l'immense majorité
des adultes ne sont pas méchants, mais certains peuvent
l'être, même parmi ceux que tu connais, même
s'ils ont l'air gentil. La seule manière de savoir,
c'est d'être attentif à ce qui, dans leur comportement,
te dérange.
–
Dans les contes, il y a des gentils et des méchants.
Cette simplification n'est-elle pas utile au développement
de l'enfant?
– – Effectivement, lorsque l'enfant est petit,
disons en âge préscolaire, le message doit
rester simple. C'est aussi plus facile de le simplifier
pour les parents, car le cercle des personnes en contact
avec l'enfant reste maîtrisable. A mesure que ce cercle
s'élargit et que le paysage social se diversifie,
on peut ajouter des nuances au tableau. Les contes de fées
ont une fonction importante, mais le monde est devenu bien
plus complexe.
– – Vous voulez dire que les méchants
pédophiles ne sont pas plus nombreux mais qu'il est
plus difficile de les repérer?
– – Non, je crois qu'il y a plus de
pédophiles. Parce qu'il y a plus d'incitation aux
comportements déviants et plus de facilité
d'assouvissement de ces comportements.
– – Encore un sujet d'angoisse! Comment donc
être prudent sans se laisser submerger par la peur?
– – Mon message principal aux parents est de
les inciter à maintenir
une communication fluide et confiante avec leurs enfants.
Leur rôle est d'être la balise, la centrale
vers laquelle converge l'information. Si l'enfant dit: je
sors, cela ne suffit pas. Il doit dire où, avec qui,
et jusqu'à quelle heure. Et s'il y a un changement
de programme, il doit appeler.
– – Vous êtes favorable aux portables
à l'usage des enfants?
– – Bien sûr, même des petits! C'est
une réponse adaptée à une situation
sociologique nouvelle: le champ géographique des
enfants s'est élargi, le tissu social s'est relâché,
les parents ont moins de moyens de contrôle. Je veux
surtout dire ceci: nous avons tendance à considérer
que les enfants, parce qu'ils ont plus de droits, sont aussi
plus responsables. C'est faux: jusqu'à 16-17 ans
en tout cas, ils ont besoin d'une supervision.
– – Dans son manuel de prévention des
abus, Jacqueline Robert* conseille, avant de parler à
l'enfant des dangers de la sexualité, de lui en dire
les joies. Vous êtes d'accord?
– – Tout à fait! Pour la plupart des
adultes, la sexualité est d'abord une réalité
gratifiante et agréable, et après seulement
une source d'angoisse et de dangers. Il faut respecter cet
ordre de priorité: faire l'éducation sexuelle
des enfants avant de leur parler d'abus. Il y a aujourd'hui
des livres magnifiques pour venir en aide aux parents empruntés.
– – L'actualité rappelle cette autre
réalité angoissante: les prédateurs
d'enfants se dirigent en priorité vers les professions
proches de l'enfance. Y a-t-il des indices qui permettent
de reconnaître un pédophile dans la foule de
ces professionnels?
– – Non. La plupart du temps, le pédophile
cache son jeu. Il est même souvent perçu comme
le meilleur des pédagogues, car il est très
proche de l'enfance, en général fin psychologue,
ce qui en fait un prédateur subtil. Son talent est
en général bien réel: parmi
les patients que je soigne, ex-éducateurs, ex-directeurs
de cycle, ex-chefs scouts, la plupart ont fait de l'excellent
travail avec tous sauf avec leurs victimes. Ce
qu'il faut comprendre, c'est qu'au départ, les pédophiles
sont des gens comme vous et moi. Tout le monde peut avoir
des pensées déviantes; ce qui fait la différence,
c'est le passage à l'acte. L'idéal serait
que ceux qui n'ont pas encore passé à l'acte
soient dissuadés de continuer. La
prévention devrait faire partie de l'éducation
des enseignants. Les écoles privées
à Genève viennent de créer un cours
dans ce sens.
– – Et les écoles publiques?
– – Ce type de prévention n'existe pas
encore pour les enseignants. Tout de même, un gros
travail de prévention est fait aujourd'hui en Suisse
et dans nos pays. Ce qui est terrible, c'est la
tendance que nous avons à déplacer le problème
sur le tiers monde: via Internet et le tourisme
sexuel, la majorité des victimes sans défense
sont dans les pays pauvres.