Dernière mise à jour : 22/08/2007

 

Apprendre à se défendre... tôt!


Violence scolaire oblige, un cours d’autodéfense pour les petits a été mis sur pied dans le canton de Fribourg. Pour prémunir les gosses et rassurer les parents.
Mathilde, 6 ans, est une frêle petite fille au sourire doux. Cheveux blonds noués sur la tête comme dans un tableau de Renoir. Un ange. Mais un ange averti, qui repère les tibias et sait repousser les importuns du plat de la main. Depuis quelques mois, Mathilde prend des cours de self-défense.
Pas pour devenir une héroïne de mangas, non, mais parce que sa maman, M., 43 ans, y voit une formation indispensable: «Oui, je voulais qu’elle le fasse. C’est un apprentissage qui fait partie de son éducation.» Par chance, Mathilde avait justement envie de suivre ce cours, «où on s’amuse bien».

Toutes les semaines, elle va donc à Marly (FR), où elle retrouve d’autres enfants, âgés de 6 et 10 ans. Ils sont tous là pour la même raison: apprendre à se défendre en cas d’agression physique. Beaucoup de jeux de motricité pour mieux coordonner ses mouvements, maîtriser son corps, verbaliser ses émotions. Face à un importun, parvenir à choquer, se dégager et fuir, voilà le programme. Mais aussi exercer quelques frappes de la main dans le ventre mou d’un coussin.
Apprendre à s’affirmer
«J’ai appris à donner des coups dans les jambes, à repousser, à dire non», raconte la petite fille d’une voix hésitante, en effectuant un grand geste de la main comme pour faire reculer un intrus. Tiens, même qu’elle s’en sert parfois contre ses parents quand elle n’a pas envie d’obéir. «Il faudra qu’elle apprenne à dissocier», rigole sa maman. «J’espère que ce cours l’aidera à s’imposer, à s’affirmer. Elle apprend plus vite à cet âge-là. Et puis, ça lui donne une base pour plus tard.»

Dans le salon de leur maison, il n’y a pourtant aucun ennemi en vue. Juste une foule d’animaux, dont deux bassets, un collie et un chien de berger: «Ça m’a toujours rassurée de savoir qu’ils étaient là. Il m’est arrivé de laisser ma fille dans son berceau, seule avec les quatre chiens.» Pour M., sûr que les animaux sont des alliés, alors que les êtres humains lui paraissent plus énigmatiques. «Les pédophiles, les enlèvements, ça me fait très peur... Avec tout ce qu’on lit dans les journaux!»
Violence à l’école
Pourtant, la famille Emery vit dans un endroit paradisiaque, retiré des turbulences urbaines. Campagne et forêts à perte de vue. «Ici, nous vivons dans un lieu privilégié. Mais il faut que Mathilde sache que la violence existe, et qu’elle soit apte à se défendre», insiste M.
Une violence qui commence souvent dans les cours d’école. A deux reprises déjà, Mathilde est rentrée avec un œil au beurre noir. Un jeu qui tourne mal, coup de poing au visage donné par une gamine plus âgée. La maman s’inquiète déjà de l’entrée de sa fille au Cycle à Marly. Parce qu’il y a ces histoires de racket, de bagarres à la récré, comme celle, récente, de ce petit garçon de 6 ans, bourré de coups au sol. Résultat: un bras cassé.

Et puis, il y a tous ces moments sans surveillance. A la maison même. M. et son mari s’occupent du centre équestre, situé juste à côté de la maison. Quarante-quatre chevaux, dont plusieurs leur appartiennent et qu’il faut soigner, sortir, monter chaque jour. «Plein de gens viennent ici, on ne sait pas toujours à qui on a affaire.» Sans parler des week-ends, où les concours hippiques les emmènent aux quatre coins de la Suisse. «Nous, on monte à cheval, mais Mathilde reste au bord du paddock. Elle n’est pas toujours sous nos yeux.»

Avoir la bonne attitude pour éviter certains dangers. Savoir se méfier à bon escient. Mathilde traverse joyeusement le salon à cloche-pied sur les dalles. M. regarde sa fille unique. «Moi-même, je ne sais pas comment je réagirais face à un agresseur... Si elle apprend à oser le faire, à oser se défendre, alors, elle aura une force supplémentaire à moi.»


Patricia Brambilla / Photos Pierre-Yves Massot
M-Magazine, N°1, 03.01.2006


Sarah Zendrini est monitrice d’autodéfense pour les adultes depuis cinq ans. Elle vient d’ouvrir un cours destiné aux enfants de 6 à 10 ans, à Marly (FR).

Pourquoi enseigner l’autodéfense aux enfants?
Parce qu’on peut déjà leur apprendre à percevoir le danger et l’anticiper. Les enfants vivent souvent dans un univers assez violent, certains se font raquetter à l’âge de 7 ans. J’essaie de leur donner les moyens de se défendre en fonction de leur âge.

Justement, qu’est-ce que vous leur apprenez?
Ça commence par la coordination des mouvements, la maîtrise du corps, l’équilibre physique et mental, la gestion de l’espace. Après, on entraîne aussi quelques gestes de self-défense, en frappant dans un coussin par exemple. Mais l’essentiel, c’est vraiment de leur apprendre à exprimer les choses, à savoir dire non.

C’est davantage une approche psychologique qu’une initiation à un art martial...
Tout à fait. Je leur fixe des objectifs: marcher la tête droite, sans regarder leurs chaussures, oser regarder l’autre, parler à son adversaire. Certains n’imaginent pas qu’ils ont de la force pour se défendre. J’aimerais qu’ils arrivent à ne pas céder à la crainte ou à la panique. Mais je ne veux pas en faire des superhéros.

Pour plus d’infos: contacter Sarah Zendrini (079 686 01 48 ou par E-Mail)

L'avis de FREDI

Faire suivre un cours de self-féfense aux petits, afin de renforcer leur confiance en soi et leur droit de dire NON, c'est bien, mais une maman devrait pouvoir inculquer ces valeurs elle-même, car le risque existe, chez de jeunes enfants, qu'ils se croient aptes à se défendre lorsqu'ils ont suivi un tel cours! Très souvent, il nous arrive de converser avec de jeunes enfants, qui sont persuadés que d'un coup de pied dans les tibias, ils feront fuir un agresseur adulte. C'est, hélas, méconnaître les modes d'actions des pédocriminels, qui n'hésitent pas à recourir soit à une patience hors du commun, doublée d'un art consommé du chantage, soit à la violence pour abuser et/ou enlever leurs victimes.

Le dialogue, si possible quotidien, entre parents et enfants reste irremplaçable: L'enfant apprend qu'il a sa place au sein de la famille, qu'il peut compter sur ses parents et qu'il compte pour eux. Sans cette conviction profonde et construite avec les années, un cours de self-défense reste illusoire...

Autres lieux de formation:

Info: e.fioravera@bluewin.ch / tél. 076.309.5228
ou: manuela.jungo@bluewin.ch / 079. 751.2788