Violence scolaire oblige, un cours d’autodéfense
pour les petits a été mis sur pied dans le
canton de Fribourg. Pour prémunir les gosses et rassurer
les parents.
Mathilde, 6 ans, est une frêle petite fille au sourire
doux. Cheveux blonds noués sur la tête comme
dans un tableau de Renoir. Un ange. Mais un ange averti,
qui repère les tibias et sait repousser les importuns
du plat de la main. Depuis quelques mois, Mathilde prend
des cours de self-défense.
Pas pour devenir une héroïne de mangas, non,
mais parce que sa maman, M., 43 ans, y voit une formation
indispensable: «Oui, je voulais qu’elle le fasse.
C’est un apprentissage qui fait partie de son éducation.»
Par chance, Mathilde avait justement envie de suivre ce
cours, «où on s’amuse bien».
Toutes
les semaines, elle va donc à Marly (FR), où
elle retrouve d’autres enfants, âgés
de 6 et 10 ans. Ils sont tous là pour la même
raison: apprendre à se défendre en cas d’agression
physique. Beaucoup de jeux de motricité pour mieux
coordonner ses mouvements, maîtriser son corps, verbaliser
ses émotions. Face à un importun, parvenir
à choquer, se dégager et fuir, voilà
le programme. Mais aussi exercer quelques frappes de la
main dans le ventre mou d’un coussin.
Apprendre à s’affirmer
«J’ai appris à donner des coups dans
les jambes, à repousser, à dire non»,
raconte la petite fille d’une voix hésitante,
en effectuant un grand geste de la main comme pour faire
reculer un intrus. Tiens, même qu’elle s’en
sert parfois contre ses parents quand elle n’a pas
envie d’obéir. «Il faudra qu’elle
apprenne à dissocier», rigole sa maman. «J’espère
que ce cours l’aidera à s’imposer, à
s’affirmer. Elle apprend plus vite à cet âge-là.
Et puis, ça lui donne une base pour plus tard.»
Dans
le salon de leur maison, il n’y a pourtant aucun ennemi
en vue. Juste une foule d’animaux, dont deux bassets,
un collie et un chien de berger: «Ça m’a
toujours rassurée de savoir qu’ils étaient
là. Il m’est arrivé de laisser ma fille
dans son berceau, seule avec les quatre chiens.» Pour
M., sûr que les animaux sont des alliés, alors
que les êtres humains lui paraissent plus énigmatiques.
«Les pédophiles, les enlèvements, ça
me fait très peur... Avec tout ce qu’on lit
dans les journaux!»
Violence à l’école
Pourtant, la famille Emery vit dans un endroit paradisiaque,
retiré des turbulences urbaines. Campagne et forêts
à perte de vue. «Ici, nous vivons dans un lieu
privilégié. Mais il faut que Mathilde sache
que la violence existe, et qu’elle soit apte à
se défendre», insiste M.
Une violence qui commence souvent dans les cours d’école.
A deux reprises déjà, Mathilde est rentrée
avec un œil au beurre noir. Un jeu qui tourne mal,
coup de poing au visage donné par une gamine plus
âgée. La maman s’inquiète déjà
de l’entrée de sa fille au Cycle à Marly.
Parce qu’il y a ces histoires de racket, de bagarres
à la récré, comme celle, récente,
de ce petit garçon de 6 ans, bourré de coups
au sol. Résultat: un bras cassé.
Et
puis, il y a tous ces moments sans surveillance. A la maison
même. M. et son mari s’occupent du centre équestre,
situé juste à côté de la maison.
Quarante-quatre chevaux, dont plusieurs leur appartiennent
et qu’il faut soigner, sortir, monter chaque jour.
«Plein de gens viennent ici, on ne sait pas toujours
à qui on a affaire.» Sans parler des week-ends,
où les concours hippiques les emmènent aux
quatre coins de la Suisse. «Nous, on monte à
cheval, mais Mathilde reste au bord du paddock. Elle n’est
pas toujours sous nos yeux.»
Avoir
la bonne attitude pour éviter certains dangers. Savoir
se méfier à bon escient. Mathilde traverse
joyeusement le salon à cloche-pied sur les dalles.
M. regarde sa fille unique. «Moi-même, je ne
sais pas comment je réagirais face à un agresseur...
Si elle apprend à oser le faire, à oser se
défendre, alors, elle aura une force supplémentaire
à moi.»
Patricia Brambilla / Photos Pierre-Yves Massot
M-Magazine, N°1, 03.01.2006
Sarah
Zendrini est monitrice d’autodéfense
pour les adultes depuis cinq ans. Elle vient d’ouvrir
un cours destiné aux enfants de 6 à
10 ans, à Marly (FR).
Pourquoi
enseigner l’autodéfense aux enfants?
Parce qu’on peut déjà leur apprendre
à percevoir le danger et l’anticiper.
Les enfants vivent souvent dans un univers assez violent,
certains se font raquetter à l’âge
de 7 ans. J’essaie de leur donner les moyens
de se défendre en fonction de leur âge.
Justement,
qu’est-ce que vous leur apprenez?
Ça commence par la coordination des mouvements,
la maîtrise du corps, l’équilibre
physique et mental, la gestion de l’espace.
Après, on entraîne aussi quelques gestes
de self-défense, en frappant dans un coussin
par exemple. Mais l’essentiel, c’est vraiment
de leur apprendre à exprimer les choses, à
savoir dire non.
C’est
davantage une approche psychologique qu’une
initiation à un art martial...
Tout à fait. Je leur fixe des objectifs: marcher
la tête droite, sans regarder leurs chaussures,
oser regarder l’autre, parler à son adversaire.
Certains n’imaginent pas qu’ils ont de
la force pour se défendre. J’aimerais
qu’ils arrivent à ne pas céder
à la crainte ou à la panique. Mais je
ne veux pas en faire des superhéros.
Pour
plus d’infos: contacter Sarah Zendrini (079
686 01 48 ou par E-Mail) |
L'avis de FREDI
Faire
suivre un cours de self-féfense aux petits, afin
de renforcer leur confiance en soi et leur droit de dire
NON, c'est bien, mais une maman devrait pouvoir
inculquer ces valeurs elle-même, car le risque existe,
chez de jeunes enfants, qu'ils se croient aptes à
se défendre lorsqu'ils ont suivi un tel cours! Très
souvent, il nous arrive de converser avec de jeunes enfants,
qui sont persuadés que d'un coup de pied dans les
tibias, ils feront fuir un agresseur adulte. C'est, hélas,
méconnaître les modes d'actions des pédocriminels,
qui n'hésitent pas à recourir soit à
une patience hors du commun, doublée d'un art consommé
du chantage, soit à la violence pour abuser et/ou
enlever leurs victimes.
Le
dialogue, si possible quotidien, entre parents et enfants
reste irremplaçable: L'enfant apprend qu'il a sa
place au sein de la famille, qu'il peut compter sur ses
parents et qu'il compte pour eux. Sans cette conviction
profonde et construite avec les années, un cours
de self-défense reste illusoire...
Autres lieux de formation:

Info: e.fioravera@bluewin.ch / tél. 076.309.5228
ou: manuela.jungo@bluewin.ch / 079. 751.2788
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