Dernière mise à jour :
02.01.2008

L'enfant qui aimait son bourreau

 

Récit · Aujourd'hui adulte, le narrateur de Il m'aimait se souvient des attouchements et violences sexuelles subis durant toute son enfance. Le bourreau, c'est Didier. Un ami de la famille. Un monsieur très attentionné, qui sait comment séduire l'enfant par des cadeaux, mais surtout en comblant le vide d'une famille déchirée, la mère absorbée par sa carrière et ses amours, le père absent. Mais Il m'aimait, de Christophe Tison, c'est une réflexion plus ambiguë sur le rapport entre bourreau et victime. S'il ne cesse de souligner la violence, la tristesse de son expérience, le narrateur ne cesse de reconnaître qu'au fond il y avait de l'amour aussi dans cette relation. Que le jeune enfant non seulement ne réagit pas aux violences sexuelles, mais retourne volontairement chez son bourreau. Comme s'il avait trouvé là un docteur Jekyll quitte à subir Mr Hyde la nuit. Dans ce récit, la découverte de l'hétérosexualité poussera le narrateur, devenu adolescent, à dire violemment «non». Pourtant Christophe Tison clôt son propos par une phrase terrible: «Et c'est là que mes ennuis commencèrent.» Ecrit avec une économie de moyens remarquable pour mieux retrouver les mots enfantins, échappant aux pièges du voyeurisme sans pour autant être pudibond, Il m'aimait est un réquisitoire contre la pédophilie. Mais qui s'interroge intelligemment sur cet étrange amour qui massacre son objet. JS

Christophe Tison, Il m'aimait, Ed. Grasset, 153 pp.

samedi 24 janvier 2004, Magazine La Liberté