Récit ·
Aujourd'hui adulte, le narrateur de Il m'aimait se souvient
des attouchements et violences sexuelles subis durant toute
son enfance. Le bourreau, c'est Didier. Un ami de la famille.
Un monsieur très attentionné, qui sait comment
séduire l'enfant par des cadeaux, mais surtout en comblant
le vide d'une famille déchirée, la mère
absorbée par sa carrière et ses amours, le père
absent. Mais Il m'aimait, de Christophe Tison, c'est une réflexion
plus ambiguë sur le rapport entre bourreau et victime.
S'il ne cesse de souligner la violence, la tristesse de son
expérience, le narrateur ne cesse de reconnaître
qu'au fond il y avait de l'amour aussi dans cette relation.
Que le jeune enfant non seulement ne réagit pas aux
violences sexuelles, mais retourne volontairement chez son
bourreau. Comme s'il avait trouvé là un docteur
Jekyll quitte à subir Mr Hyde la nuit. Dans ce récit,
la découverte de l'hétérosexualité
poussera le narrateur, devenu adolescent, à dire violemment
«non». Pourtant Christophe Tison clôt son
propos par une phrase terrible: «Et c'est là
que mes ennuis commencèrent.» Ecrit avec une
économie de moyens remarquable pour mieux retrouver
les mots enfantins, échappant aux pièges du
voyeurisme sans pour autant être pudibond, Il m'aimait
est un réquisitoire contre la pédophilie. Mais
qui s'interroge intelligemment sur cet étrange amour
qui massacre son objet. JS
Christophe Tison, Il m'aimait, Ed. Grasset, 153 pp.
samedi 24 janvier
2004, Magazine La Liberté |