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Retrouvée après 18 ans de séquestration

Dix-huit ans d’ignominies stoppées par un banal contrôle… Mardi dernier, Phillip Garrido, 58 ans, attire l’attention d’un policier sur le campus de l’université américaine de Berkeley, à quelques minutes du centre de San Francisco, alors qu’il distribue, en compagnie de deux jeunes filles âgées de 15 et 11 ans, des brochures religieuses.
Découvrant que l’homme est inscrit sur le fichier des délinquants sexuels – et qu’il n’a donc pas le droit de se trouver avec des enfants –, le fonctionnaire avertit sa hiérarchie. Convoqué le lendemain au service de l’application des peines de Californie, Garrido, « très détendu » selon un enquêteur cité par le Los Angeles Times, se présente devant son agent de probation. Il n’est pas venu seul. Avec lui, les deux jeunes filles présentes au moment de son contrôle, son épouse Nancy, 54 ans, et « une jeune trentenaire » se présentant sous le nom d’Alissa. Malgré des visites régulières au domicile des époux Garrido, à Antioch, commune située à une cinquantaine de kilomètres au nord-est de San Francisco, le fonctionnaire ne l’avait jamais vu. Pas plus que les deux filles qui se tiennent face à lui, immobiles et silencieuses. Intrigué, il contacte le bureau du shérif du comté de Contra Costa, à Concord, où les époux Garrido et leurs trois mystérieuses accompagnatrices sont finalement transférés. Là, le suspect tente d’abord de convaincre ses interlocuteurs qu’il s’agit-là de sa nouvelle compagne et des enfants de celles-ci. Avant de craquer et de révéler son terrible secret.


 Enlevée sous les yeux de son beau-père
Alissa s’appelle en fait Jaycee Lee. Le 10 juin 1991, elle a été enlevée par un couple alors qu’elle marchait vers son arrêt de bus scolaire, à South Lake Tahoe, dans le comté d’El Dorado, à quelque 200 kilomètres au nord-est de San Francisco. L’enlèvement, qui a eu lieu à 200 mètres du domicile de la fillette, s’était déroulé sous les yeux de son beau-père, Carl Probyn, aujourd’hui âgé de 60 ans. Celui-ci, enfourchant une bicyclette, avait vainement tenté de rattraper les ravisseurs. Hier, il a fait part de son soulagement à l’annonce du retour à la liberté de Jaycee Lee. « La voir revenir vivante, la voir se rappeler de choses du passé, et voir ces personnes arrêtées, c’est comme une triple victoire […] Cette histoire, ça a détruit mon mariage. J’ai vécu l’enfer, jusqu’à hier j’étais suspect. » Selon le capitaine Daniel Terry, du bureau du shérif du comté de Contra Costa, Jaycee Lee a passé le plus clair de sa vie à être l’esclave sexuelle de Phillip Garrido, qui la retenait prisonnière dans un cabanon complètement isolé au fond du jardin de sa propriété, à Antioch. « A l’arrière de la maison, protégés des regards par un dédale de clôtures et d’arbres, il y avait des abris, des tentes et des petites constructions. L’une d’elles, qui disposait de l’électricité et d’une douche rudimentaire, était entièrement insonorisée et ne pouvait être ouverte que de l’extérieur », dévoile Daniel Terry. Et de préciser : « Tout a été fait pour isoler les victimes de tout contact extérieur. »


Un homme « fou »
Violée pendant des années, Jaycee Lee a eu deux filles, dont la première lorsqu’elle avait 14 ans. « Aucun des enfants n’a été à l’école ou chez le docteur », relate l’adjoint du shérif dont les hommes cherchent désormais à savoir si ces derniers ont été abusés par Garrido. Une possibilité évoquée hier par son frère, Ron, sur le site du San Francisco Chronicle. « Phillip est fou, fou, fou… Il n’y a pas de mot pour le décrire. Je le crois capable de tout. » Selon lui, dans sa jeunesse, son frère a consommé beaucoup de LSD, en a vendu, a eu des démêlés avec des dealers qui voulaient sa peau. Puis, en 1976, « il a dérapé ». « Dans le Nevada, il a kidnappé une employée de casino dans un parking et l’a violée. » Pour ces faits, Garrido sera condamné à 50 ans de prison. Il n’en purgera que onze derrière les barreaux du pénitencier de Reno où il rencontre Nancy, sa future épouse, une habituée des parloirs dont il tombe amoureux. Une femme décrite par Ron comme « un robot aux ordres de son mari ». Par la suite, Garrido sera condamné à trois autres reprises. A chaque fois pour viol.

« Une relation des plus attendrissantes »
En 2008, en liberté conditionnelle, il ouvre une petite imprimerie et fonde en parallèle l’église du désir de Dieu. Sur Internet, il lance un blog pour décrire plus en détail ses convictions. « Depuis peu, le créateur m’a donné le pouvoir de parler dans la langue des anges pour réveiller le monde et lui donner le salut », écrit-il sous le pseudo « themawhospokehismind », littéralement « l’homme qui parle avec son esprit ». Selon le Guardian, un de ses clients, Tim Allen, qui lui achetait des lettres à en-tête et des cartes de visite, explique que « ces dernières années, il s’était mis en tête de drôles de croyances religieuses ». Hier, dans une interview surréaliste accordée à la chaîne locale de télévision KCRA, Phillip Garrido s’en est expliqué. « Ma rencontre avec Jaycee a changé ma vie. Si vous décortiquez toute notre histoire, vous allez tomber à la renverse et vous allez voir que notre relation est des plus attendrissantes […] Depuis la naissance de ma fille, il y a quinze ans, je suis devenu très croyant et je suis rentré dans le rang. » Lorsque le journaliste lui demande quelles étaient les conditions de vie de la captive et de ses deux enfants, Garrido lui assure : « Je vais vous étonner ! Les deux petites filles s’endormaient dans mes bras tous les soirs depuis leur naissance. Je ne les ai jamais embrassées, il faut y aller lentement. »

Selon CNN, Garrido devrait être accusé de « kidnapping » et de « viol sur mineur ». Nancy, elle, sera poursuivie pour « enlèvement ». De leurs côtés, Jaycee Lee et ses deux filles seraient « en bonne santé », selon un membre du bureau du shérif du comté de Contra Costa, qui concède toutefois que « vivre enfermé dans un jardin entièrement clos pendant 18 ans, ça laisse des traces ».

Edition France Soir du samedi 29 août 2009

 

Dernière mise à jour : ( 16-09-2009 )
 
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