
| Le mal de mère, explications |
Le mal de mère: tentative d'exlicationsDébut janvier, Sandrine Bader a enlevé pendant trois jours la fille de son compagnon. Pour expliquer son geste, la jeune femme a mis en avant le mal d’enfant. Une pathologie qui fait froid dans le dos, à l’origine de plusieurs kidnappings relayés par les médias ces dernières années. Décryptage.
Sur les photos qui circulent d’elle dans la presse, Sandrine Bader fait à peine ses 19 ans. Et pourtant, la jeune femme ressentirait déjà un très profond désir d’être maman. Un sentiment qui l’aurait poussée, le 1er janvier dernier, à s’enfuir avec Francesca, 10 mois, qu’elle avait emmenée au départ pour une simple promenade. Mais quel est ce mal-être qui transforme en un instant ces femmes fragiles en kidnappeuses passibles de trente ans de réclusion criminelle pour enlèvement et séquestration ? « Elles ressentent un manque profond, abyssal : l’enlèvement répond à un besoin de posséder l’enfant comme un objet qui va venir combler ce manque, poursuit Sophie Marinopoulos. Le bébé perd son statut d’individu au profit de celui d’une chose qu’il faut avoir pour que l’angoisse de la femme cesse. » Des intentions rarement malveillantes
Si Sandrine Bader a agi sur un coup de folie, elle avait pourtant prémédité son geste, préparé la séquestration avec l’aide d’un complice. Dans les affaires qui se sont déroulées dans les maternités, les « voleuses de bébés » ont commis le kidnapping lorsque les mamans prenaient leur douche ou à la faveur d’un moment d’inattention. « Peut-être, mais nous ne sommes pas là au même degré de préméditation que celui d’une criminelle qui agirait dans le but de maltraiter, reprend Sophie Marinopoulos. Ces femmes sentent cette bouffée d’angoisse qui monte progressivement et elles envisagent un moyen de la faire taire. Elles se disent : "Je vais mal, il faut que je fasse quelque Néanmoins, ces rapts se finissent rarement mal et ne versent pas dans la catégorie « abus et mauvais traitements ». Dans les différentes affaires répertoriées en France, on constate en effet que les intentions de la kidnappeuse sont rarement malveillantes vis-à-vis de l’enfant. Francesca a été retrouvée en parfaite santé. « Mais il y a chez ces femmes un défaut d’empathie et d’identification aux besoins de l’enfant, relève Sophie Marinopoulos. Le nourrisson enlevé à Nantes, par exemple, avait besoin de soins particuliers… Mais cela leur échappe complètement. » Des bracelets électroniques
Francesca n’est pas la première petite victime de ce mal méconnu. Il y a un peu plus d’un an, Django, un nouveau-né de 3 jours, avait disparu de la maternité d’Orthez. Avant lui, il y avait eu Célia, en 2005, enlevée par une fausse infirmière à Montfermeil, ou encore Océane, un nourrisson de 2 jours, à Vire, en 2004. De la même façon que nous peinons à expliquer les dénis de grossesse, le mal d’enfant échappe à l’entendement. Certaines voix s’élèvent pour pallier les conséquences de ces affaires. Des maternités américaines, britanniques et allemandes remplacent, depuis plusieurs années, les bracelets de naissance classiques des nourrissons par des bracelets « GPS ». Équipés d’un système d’électronique embarquée, ils permettent de localiser l’enfant s’il sort du périmètre de la maternité. La solution ? Pas pour la psychanalyste : « Le mal d’enfant est une manifestation du psychisme. Malheureusement, on a perdu l’habitude de s’intéresser à l’état psychique de la personne. Plutôt que de prévenir les angoisses de ces femmes, on répond à l’insécurité intérieure par des systèmes de sécurité extérieure. C’est la porte ouverte aux dérives. » Paru le 05.02.2010, par Gaëlle Rolin: http://madame.lefigaro.fr/societe/enquetes/730-coup-de-projecteur-mal-de-meres/
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