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MAZOT Nathalie, 14, France

Le magistrat chargé de la disparition de Nathalie Mazot, doit prendre une lourde décision : lancer ou non des fouilles dans des caves, vingt-cinq ans après les faits. Une enquête pour réparer l'indifférence passée.

 

Pour tenter d'élucider la disparition de Nathalie, 25 ans après, les enquêteurs de la police judiciaire de Lyon fouillent le passé, dans tous les sens du terme. Jeudi matin, à l'image saisissante d'un fantôme, un homme revêtu d'une combinaison blanche, accompagné de plusieurs policiers, a fait son apparition dans le quartier Saint-Paul, avec lampes et appareil photo. Il s'agissait d'un technicien en identification criminelle, chargé d'étudier la configuration de sous-sols de ce Vieux-Lyon où Nathalie Mazot, 14 ans, s'est volatilisée en novembre 1982 .

En clair : des fouilles sont à l'étude, pour savoir si le corps de la jeune fille a pu être dissimulé. La décision revient au juge d'instruction chargé de ce dossier hors du commun. Une lourde responsabilité, partagée entre la chance de découvrir une vérité que la justice n'avait jamais vraiment recherchée, et le risque de déclencher d'importants travaux pour rien, avec la possibilité d'une polémique comparable à celle de ce restaurant de la région parisienne, démonté à cause d'une rumeur infondée.

La nécessité de ces fouilles est apparue au fil des auditions menées par la brigade criminelle de la PJ, faisant état de relations troubles dans l'environnement de la grande sœur de Nathalie. Et de curieux travaux dans des lieux qu'elle avait fréquentés, comme le Lido bar, quai Pierre-Scize. A l'époque, le quartier grouillait d'établissements louches, tenus par des personnages pas toujours recommandables. Des proxénètes de tous calibres se disputaient le haut du pavé. La PJ a retrouvé un ancien tenancier, vieux monsieur malade au passé chargé. Son nom est apparu dans un épisode des plus fameux des grandes affaires lyonnaises. L'affaire Rey Coquais, du nom d'une famille de bijoutiers séquestrée en 1984, en échange de 80 kg d'or que la PJ devait retrouver dans un hôtel de Trévoux. Les commissaires qui avaient contribué à l'élucidation de l'affaire, Claude Catto et Michel Neyret, à l'époque patrons du groupe de répression du banditisme (GRB) et de l'antigang, se retrouvent aujourd'hui à la direction de la police judiciaire de Lyon. Faut-il voir dans cette ironie du destin un présage favorable à la manifestation de la vérité ? « Il ne faut pas s'emballer, les témoignages sont anciens et imprécis, personne ne vient dire ce qui est arrivé à Nathalie » confie avec prudence une source proche de l'enquête. Et pourtant, dans l'hypothèse d'un crime, qui semble assez probable, le responsable de sa disparition bénéficiera de la prescription pénale, à la minute où il parlera. De quoi susciter une confidence, ne serait-ce que pour apaiser une maman qui attend la vérité depuis 25 ans.

Une enquête pour réparer l'indifférence passée


Le 6 novembre 1982, Nathalie Mazot, 14 ans, prend le bus de la ligne 9 à Bron, pour rejoindre le quartier de Saint-Paul à Lyon 5e, où réside sa sœur Evelyne, 19 ans. Cette dernière affirme n'avoir jamais vu arriver sa sœur.
Le 5 janvier 1983, Evelyne se suicide d'un coup de revolver, dans son appartement de la rue du Docteur-Augros. Elle laisse un mot : « Pardon maman ».
Dans son appartement, on retrouve la jupe blanche et une cassette de Serge Lama qu'avait emportées sa sœur le jour de sa disparition. Nathalie était donc bien passée. Malgré tous ces indices troublants, aucune enquête sérieuse n'est menée, personne ne conseille à leur maman de déposer plainte pour relancer les investigations.

Début 2009, la direction inter-régionale de police judiciaire (DIPJ) de Lyon est saisie de l'enquête, 25 ans après les faits, dans le cadre d'une instruction judiciaire ouverte par le procureur de la République Xavier Richaud. Ce revirement intervient grâce à l'aide de l'association des parents d'enfants victimes (APEV).
L'instruction est ouverte sous la qualification juridique « d'enlèvement et séquestration », un crime qui par définition est toujours en cours d'exécution.

Si les policiers découvrent l'existence d'un crime à l'origine de la disparition de Nathalie, l'affaire sera automatiquement prescrite, mais la vérité aura résisté au temps.

 Le Progrès.fr par Richard Schittly, le 13.03.2009

 
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