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On reparle de l'alerte enlèvement
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Jean-Marie Bornet: «Il nous manque un outil, quand la vie d'un enfant est en jeu, il ne faut pas se limiter dans les moyens.»

L'affaire Lucie relance le débat. Le chef de l'information de la police valaisanne, s'est toujours battu pour l'instaurer.

 Pourquoi une alerte enlèvement est-elle nécessaire en Suisse?

Mais parce que c'est un outil qui manque à la police. En résumé, la communication entre professionnels - de police à police - fonctionne bien. Mais il manque un outil pour provoquer l'acte citoyen et retrouver des témoignages qui permettent d'élucider une affaire.

Est-ce vraiment au citoyen de se mobiliser?

Oui, quand la vie d'un enfant est en jeu. Il ne faut pas se limiter dans les moyens. Il faut profiter de toutes les forces de la société. Il faut que tout le monde s'investisse.

L'alerte enlèvement, est-ce vraiment un moyen efficace?

Oui! Regardez en France ou au Canada. Des dizaines de personnes ont été sauvées grâce à ce moyen. Il faut par contre clairement déterminer les conditions pour lesquelles l'alerte enlèvement peut être déclenchée. Il faut s'assurer qu'elle est mise en place pour les cas graves et avérés. Ou en tout cas supposés comme tels.

S'il y avait eu une alerte enlèvement, est-ce que cela aurait permis de sauver Lucie?

Je n'en sais rien. Je ne connais pas suffisamment les détails de l'enquête. Mais s'il y a un seul enfant enlevé et assassiné avant qu'on mette cette alerte enlèvement en place, il n'y aura pas assez d'eau dans le Rhône pour s'en laver les mains, comme on dit en Valais. Car c'est à partir de demain que nous pourrions mettre ce système en place, il suffit juste d'en avoir la volonté.

Vous voulez dire que toutes les polices suisses sont déjà technologiquement prêtes pour appliquer ce système?

Mais oui. Nous avons déjà un système qui s'appelle ICaro et qui relie les différentes polices et les chaînes du service public, comme la RSR et la TSR. Il est prévu pour alarmer la population en cas de catastrophe. Rien n'empêche de l'élargir à l'alerte enlèvement.

Comment faire alors pour que les choses bougent, surtout au niveau politique?

Les gens doivent comprendre qu'aujourd'hui la police peut interrompre une émission de radio pour annoncer l'existence d'une planche de bois sur l'autoroute et c'est important, mais qu'elle ne peut rien faire lors de la disparition d'un enfant.

Comprenez-vous les réticences d'Eveline Widmer-Schlumpf qui n'a demandé un rapport sur l'alerte enlèvement que pour 2010?

Ce n'est pas à moi de critiquer l'autorité fédérale. Mais il me semble clair que c'est au plan national que cette affaire doit être réglée. Car un enfant enlevé aura vite fait de se retrouver en France ou en Italie. La question n'est donc pas de coordonner les cantons mais de parler aussi avec la France et l'Italie.

Widmer-Schlumpf freine le tout

Hasard du calendrier, c'est demain que le Conseil des Etats débattra de l'intervention de Didier Burkhalter (PLR/NE) sur la nécessité d'instaurer une alerte enlèvement. Et hier, peu de parlementaires y étaient opposés. «Si on suit Eveline Widmer-Schlumpf et le Conseil fédéral,on en a jusqu'en 2015», s'énerve Liliane Maury Pasquier (PS/GE). Jean-René Fournier (PDC/VS) en rajoute une couche: «Elle se cache derrière le fédéralisme en rappelant que la sécurité intérieure est affaire de cantons. Mais toute cette lenteur est dramatique.» L'intervention a été déposée il y a une année et doit encore passer au Conseil national...

Fabian Muhieddine - le 10 mars 2009, 21h13, Le Matin

La Fondation F.R.E.D.I. lit avec soulagement que la police, par la voix de M. Bornet, songe à solliciter le citoyen pour l'aider dans ses actions. Enfin! Les appels à témoins doivent, cependant, être réalisés immédiatement, et non deux, voire six jours après une disparition.
Cette alerte ne devrait d'ailleurs pas être réservée aux mineurs d'âge, mais également aux personnes fragiles, mentalement handicapées, âgées et atteintes dans leur santé mentale, par respect pour leur famille. En France, des Associations se sont battues des annnées pour obtenir les RIF (Recherches dans l'Intérêt des Familles), mais ces recherches restent encore trop discrètes, parce qu'elles ne lancent pas un appel public, largement médiatisé.

La Suisse se doit de mettre sur pied l'alerte enlèvement, parce qu'elle est un pays d'immigration, parce qu'elle se trouve à un carrefour de l'Europe et que le trafic des êtres humains la traverse: Rien ne nous permet d'exclure que certains de nos enfants disparus n'ont pas été "cueillis" au passage de trafiquants. L'alerte enlèvement permettrait, dans cette hypothèse, de sauver plusieurs enfants d'un coup.

Oui, le citoyen doit réapprendre la solidarité et oser regarder et agir. Si l'alerte enlèvement a tant de mal à être adoptée, c'est peut-être bien que cet attentisme reflète l'état de notre société en pleine décadence morale, stressée par la loi du profit maximum au point de ne plus avoir ni le temps ni l'envie d'aider son prochain, même pas ses propres enfants. Les exemples quotidiens sont nombreux.

Le journaliste insinue que Mme Widmer est la seule responsable de toutes ces lenteurs. Certains corps cantonaux de police partagent la responsabilité, encore trop orgueilleux de leurs prérogatives, à nos yeux, et ayant du mal à accepter que de simples citoyens aient mis le doigt sur l'une des lacunes de leur mode de fonctionnement: une vue encore étriquée de leur petit pré carré, alors que le monde nage en pleine mondialisation, avec une criminalité transfrontalière qui se moque bien de nos lois cantonales...

Madame Widmer recevra, demain, une lettre de la Fondation F.R.E.D.I.,l'informant que la population suisse gronde et tente de prendre le pouvoir en ce domaine: Les moyens technologiques ne manquent pas aujourd'hui pour diffuser rapidement une information et mobiliser du monde.Dans certains cantons, on demande bien au citoyen d'opérer une surveillance de quartier, pourquoi ne pourrait-il pas prendre sa part dans le signalement et la recherche d'un enfant/d'une personne disparu/e?

Last Updated ( Saturday, 13 February 2010 )
 
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