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A propos de la garde alternée
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DEVENIR DES ENFANTS APRES SEPARATION DES PARENTS

Le double enthousiasme manifesté par les Etats généraux de la famille, suivis par La Ligue des familles, aussi bien pour l'intérêt de la garde alternée que pour l'idée d'un règlement de cette question par une loi civile , ne sont pas sans me préoccuper. Discutons d'abord le second point : depuis quelques temps, les ingérences inutiles de l'Etat dans le privé des familles et des groupes se multiplient et déresponsabilisent les acteurs de première ligne : on ne pourrait bientôt plus toucher ses enfants pour les remettre à l'ordre ; les instits doivent suivre des règles précises, sauce Nollet, en matière de devoirs scolaires, etc.Notre société se robotise sous le poids des décrets et des lois qui règlementent le quotidien, souvent concoctés par des ministres en surnombre et en mal de justifier leur emploi. Personnellement, j'attends d'une secrétaire d'Etat à la famille qu'elle promeuve les intérêts de celle-ci, pas qu'elle l'installe dans des carcans rigides. Il y a d'ailleurs un paradoxe énorme entre le droit reconnu aux deux parents d'exercer la fonction parentale après séparation et le fait que ce soit ici l'Etat qui l'exercerait à leur place, quand ça touche à une décision fondamentale. Les parents sont grands assez pour réfléchir à l'intérêt de leurs enfants dans ces circonstances ; ils peuvent se faire aider par des professionnels, par ex. des médiateurs. Et s'ils n'y arrivent pas, des recours judiciaires sont prévus. Faut -il vraiment en plus une loi qui ligote tout le monde dans un standard.contestable en tant que standards?

Quant à l'intérêt même de la garde alternée, à mes yeux, c'est une mesure parmi d'autres, la meilleure dans certains cas, mais pas « la règle » et l'idéal comme on le suggère.

Pour penser à l'appliquer, quatre conditions au moins doivent être réunies :

  • le fait que les parents habitent dans un environnement géographique proche, quelques kilomètres, pour maintenir stable le tissu social et scolaire de l'enfant.. Pas donnée à tout le monde cette première condition.. certains disent que, sans le vouloir, la garde alternée est une mesure « de classe » qui n'est accessible qu'aux gens aisés.(il faut encore pouvoir dédoubler locaux et matériel de vie de l'enfant). 
  • le fait que les rythmes soient raisonnables, pour permettre à l'enfant de se poser (p.ex., une semaine/une semaine pour les plus jeunes jusqu'environ 6 ans puis 15 jours/15 jours ou plus, en accord avec l'évaluation spontanée faite par l'enfant ou l'ado, pour les plus âgés..mais certainement pas des rythmes aberrants trois jours /trois jours). 
  • surtout, qu'il se soit réinstallé entre les parents une paix raisonnable ; celle-ci leur permet de coopérer effectivement dans l'exercice d'une co-parentalité dont les implications concrètes sont nombreuses ; elle évite que l'enfant soit pris comme témoin ou allié des conflits parentaux à haute fréquence, surtout lors des arrivées et départs.. Or ce n'est pas ainsi que certains le conçoivent ! pour eux, la garde alternée, ça pourrait être comme le jugement que Salomon n'a pas voulu faire entre « supposées mères » : si tu as exactement la moitié de l'enfant, tu vas voir, j'exigerai exactement la moitié aussi.. On peut m'expliquer où est l'intérêt de l'enfant dans ces gardes alternées en ambiance très tendue ? 
  • enfin, il faut que des tiers sereins aient vérifié si la formule enchantait ou intéressait vraiment l'enfant, écouté dans la mesure du possible en dehors de toute pression significative faite sur lui...
     

Toutes ces conditions ne sont pas réunies si souvent qu'il n'en a l'air, outre l'exception déjà signalée des enfants de moins de 3,4 ans qui ont bien besoin d'une stabilité principale dans leurs repères. Et même quand elles sont réunies, et pour peu que ce ne soit pas ardemment que l'enfant la demande, mais plutôt mollement, personnellement, je ne suis pas persuadé de l'intérêt supérieur de la formule par rapport à une autre, où il y aurait bien un lieu de vie quotidien principal pour l'enfant, mais où l'on aurait aidé les parent à retrouver la paix dans l'exercice de la fonction parentale : alors, les visites à l'autre parent seraient conçues sur un mode très souple, et sa participation à l'éducation serait très effective.. Dans un tel contexte, de grandes réorientations pourraient exister, décidées à l'amiable, de loin en loin : par ex. , tel ado garçon pourrait demander à aller vivre chez son père.il faudrait pouvoir lui dire oui.

Pr Jean-Yves Hayez Responsable de l'Unité de pédosychiatrie aux cliniques universitaires Saint-Luc à Bruxelles


Ultimo aggiornamento ( vendredi 18 mars 2011 )
 
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