Pourquoi des services policiers refusent-ils parfois des chercheurs (bénévoles) sur les lieux de recherche?

Périmètre de confinement

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On peut penser, à prime abord, que plus il y aura de chercheurs et meilleures seront les chances de retrouver rapidement une personne disparue. La réalité comprend des paramètres un peu plus complexes dont les gens ne connaissent pas toute la portée. Voici quelques facteurs qui entrent en ligne de compte : le « dernier point vu » connu ou non, son accessibilité, le type de terrain, la dimension de la zone de recherche (« zone de confinement »), le temps écoulé depuis l’alerte initiale, la présence de cours d’eau, les risques d’éboulement, et selon les régions et les saisons : le taux de sécheresse ou d’inondation, les risques d’incendie de forêt, la formation et l’expérience des chercheurs, s’ils sont bien équipés et leur spécificité.

Chaque recherche de personne disparue est différente des autres et comprend des terrains particuliers qui font appel à des compétences particulières. Lorsqu’un service policier gère une recherche de personnes disparues, il devient non seulement responsable du succès de l’entreprise mais demeure aussi responsable des individus qu’il autorise à participer aux recherches en les laissant pénétrer à l’intérieur du « périmètre de sécurité » (ruban rouge ou jaune) qui correspond généralement à la « zone de confinement » en langage de recherche et sauvetage.

Lorsque le terrain représente des obstacles pouvant mettre en danger la vie des bénévoles (ou pour tout autre raison similaire), il importe donc que les services policiers qui gèrent le dossier des recherches puissent contrôler les personnes qui seront admises à pénétrer dans la zone et celles qui en seront écartées pour des motifs de formation, d’équipement ou tout simplement de confiance.

La dimension du terrain à chercher, la « zone de confinement », sera aussi un item important dans la prise de décision relativement au nombre de personnes qui évolueront sur le site des recherches, une grande zone de confinement impliquera un plus grand nombre de personnes et inversement.

Il est aussi compréhensible que le service policier en charge des recherches ne désire pas utiliser tous ses effectifs uniquement pour contrôler ou surveiller une foule de « bénévoles spontanés » qui se présente sur les lieux, munie de bonnes intentions mais en trop grand nombre. Une recherche doit se planifier d’abord en salle et ensuite sur le terrain, les endroits à fouiller ou à ratisser doivent être déterminés et contrôlés en tout temps avec un rapport constant de la situation au PC, en tenant compte de la sécurité des chercheurs impliqués.

Il va de soi que les liens de confiance entre les services policiers et les groupes de bénévoles structurés, formés et expérimentés en recherche et sauvetage, se construisent au fil des années et des expériences mutuellement vécues ensemble. Il est donc évident que tel ou tel service policier préférera travailler avec des équipes de bénévoles qu’il connait bien et avec lesquels il a déjà travaillé par le passé et dont il est satisfait du comportement à tout point de vue.

Une recherche est un travail « d’équipe » et de collaboration, tous ceux qui sont  impliqués font le travail qui leur est demandé de leur mieux, chacun à son niveau et personne ne peut se permettre de juger les décisions qui sont prises par d’autres niveaux, n’ayant souvent pas toujours en main toutes les données qui ont influencé leur choix.

Quoiqu’il en soit, il est important de souligner que c’est le service policier à qui incombe le dossier, qui dirige les recherches et c’est le chef de la recherche (ou  le  «  commandement  unifié  » ),  qui aura le dernier mot, non seulement sur l’admission des équipes de chercheurs bénévoles, (structurées ou non), mais aussi sur la manière dont il entend les déployer. Il n’y a qu’un seul chef et c’est à lui qu’incombe le succès des opérations avec toutes les responsabilités inhérentes à ce type de mission, y compris les pertes collatérales à la suite d’accidents, pour lesquels nul n’est à l’abri.

Tout n’est jamais noir ou blanc, mais plutôt de différentes teintes de gris.

Claude Frégeau, VE2CFQ
Commandant en chef de QUÉBEC SECOURS 10.04.2011