FRANCE: Les élèves harcelés enfin écoutés
C’est une première. Un numéro vert et un site Internet sont lancés pour aider les victimes de harcèlement à  l’école. Un phénomène qui touche un collégien sur dix.

 

 

Note de FREDI: Le harcèlement à  l’école ou ailleurs est également une cause de disparition, voire de suicide (plusieurs cas en Suisse et en France ces dernières semaines!)

 

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Laura avait tenté de tout garder pour elle avant d’exploser dans les bras de sa mère,
après quatre mois de harcèlement. (LP/PHILIPPE LAVIEILLE.)

C’est une crainte qu’ont tous les parents: De découvrir que son enfant est victime de harcèlement à  l’école. Le ministère de l’Éducation nationale lance une campagne de lutte contre ce phénomène. Un sujet douloureux qui concerne, à  des degrés divers, un collégien sur dix en France, avec parfois des conséquences dramatiques pouvant aller jusqu’au suicide.
Pour lutter contre ce fléau, le ministère a dégainé une arme de communication massive : trois vidéos sur des sites comme Dailymotion ou YouTube, très fréquentés par les jeunes, un spot télé diffusé dès ce soir et pendant deux semaines sur les chaînes de France Télévisions, un site Internet dédié, une page Facebook et un numéro vert.

Susciter une prise de conscience

La vidéo diffusée dès ce matin met ainsi en scène Léo. L’ado rondouillard est victime de cyberharcèlement  à  cause de son physique : des élèves de sa classe l’ont filmé lorsqu’il enlevait son tee-shirt et chacun se moque de ses bourrelets. Comment Léo s’en sort-il? Lorsqu’un des élèves décide de prendre sa défense face aux harceleurs. Un exemple à  suivre, selon les psychologues.
Le but est de faire prendre conscience à  tous que harceler est grave, que chacun peut en être victime. Un jeune est harcelé lorsqu’il est soumis de façon répétée à  des comportements agressifs visant à  lui porter préjudice, le blesser, le mettre en difficulté. Une définition dans laquelle se reconnaît Marie, aujourd’hui âgée de 32 ans. Elle a subi insultes et brimades de la part des garçons de son établissement entre 11 et 15 ans. Elle en reste marquée à  vie : « J’ai fait une tentative de suicide. J’ai toujours un problème d’estime de moi et je suis encore suivie par un psychologue.» La jeune femme avait, à  l’époque, décidé de faire face à  l’indifférence de la communauté éducative. Elle juge avec bienveillance la démarche du ministère. La FCPE, principale fédération de parents d’élèves, est, elle, plus nuancée : « Faire une enquête de victimisation c’est bien, mais les solutions sont limitées par la suppression d’adultes dans les établissements. Ce n’est pas un coup de com, avant l’élection, qui changera la donne.»

Les signes qui doivent alerter les parents

Tout changement de comportement de l’enfant ou de l’adolescent (fluctuation des résultats scolaires, attitude d’isolement, absentéisme) doit alerter les adultes. Les indicateurs sont assez différents chez l’enfant (entre 7 et 11 ans) et chez l’adolescent.

Chez l’enfant. Plus il est jeune, plus il a du mal à  repérer les phénomènes de harcèlement de la part de ses pairs. Un certain temps s’écoule avant que l’enfant ne soit capable d’analyser la situation. Durant cette période, les troubles anxieux dominent. Ce sont souvent les parents qui en voient les premiers signes : troubles du sommeil, irritabilité, agitation, colères, susceptibilité, mais aussi des maux de ventre… Les enseignants, eux, peuvent constater une baisse des performances scolaires, mais également des troubles du comportement, tels que de l’agitation, des colères ou au contraire un isolement ou un repli sur soi.

Chez l’adolescent. Il analyse plus rapidement la situation, mais il va essayer de régler le problème tout seul en évitant par exemple d’être confronté à  ses agresseurs. Si cette mesure ne fonctionne pas, il va alors tenter de se défendre. Les adultes n’observeront alors que des attitudes agressives, ce qui peut les amener à  considérer que la victime n’est pas aussi innocente que cela. Cette position aggrave considérablement le sentiment d’abandon chez le jeune. Des signes d’anxiété peuvent alors apparaître comme des troubles du sommeil, de l’alimentation, des maux de ventre, une irritabilité, une susceptibilité accrue ou encore une baisse des résultats scolaires. Les absences au collège sont plus fréquentes, non seulement pour éviter la confrontation avec le ou les harceleurs mais aussi en raison de petits problèmes de santé récurrents, comme encore des maux de ventre, de tête ou des malaises, que l’on qualifie de « somatisation anxieuse » .
Tout élève qui a tendance à  s’isoler dans la cour, à  sortir le dernier de la classe ou encore à  chercher sans cesse la présence des adultes doit également alerter les équipes éducatives. Toute interrogation de la part des parents doit les amener à  en parler avec leur enfant et l’établissement où il est scolarisé.

Anne-Laure Abraham | Publié le 24.01.2012, pour le Parisien

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Après le suicide de sa fille, Nora Fraisse sort un guide contre le harcèlement à l’école
Nora Fraisse, mère d’une fille suicidée à cause de brimades à l’école publie un guide pratique à l’adresse des parents et des enfants pour éviter d’autres drames similaires..
Nora Fraisse avait publié un livre pour parler du suicide de sa fille, Marion, victime de brimades à l’école. Cette mère de famille sort, ce mercredi, un guide pratique à l’adresse des parents et des enfants, pour empêcher que d’autres drames ne surviennent.
Après un livre, un guide. Nora Fraisse qui a tout d’abord relaté le suicide de sa fille, victime de harcèlement dans son collège, dans Marion, 13 ans pour toujours (Calmann-Lévy) sort un autre ouvrage d’une portée différente.
Cette fois, cette mère de famille édite chez le même éditeur un guide pratique pour lutter contre le harcèlement à l’école et sur les réseaux sociaux. En librairie dès ce mercredi et intitulé Stop au harcèlement, ce dernier s’adresse aussi bien aux enfants qu‘aux parents. «Il est destiné à tous ceux qui se posent des questions sur ces violences», indique Marion Fraisse qui, depuis son propre drame survenu en février 2013, fait du harcèlement un combat personnel. «Je suis invitée à aller dans les écoles pour parler de ces brimades et je vois à quel point cela interpelle les enfants», dit-elle.
Dans ce guide, Nora Fraisse publie divers témoignages à l’instar de celui de cette personne de 56 ans, ancien souffre-douleur d’une poignée d’élèves. «J’ai été victime de harcèlement au collège ou j’étais interne (… ) On me réveillait en pleine nuit, on me punissait, on passait mes vêtements sous la douche… Mon crime? Je posais des questions en cours de dessin (…)» Outil pratique, ce livre donne le définition du harcèlement, liste aussi des adresses, des numéros de téléphone pour trouver écoute et conseils…
En parallèle, Nora Fraisse attend les suites judiciaires concernant la mort de son enfant. En même temps qu’une instruction est toujours en cours à Évry à la recherche d’éventuelles responsabilités, l’État est mis en cause dans une autre procédure devant le tribunal administratif de Versailles.
Aucune procédure d’alerte
«L’établissement scolaire où était Marion, n’avait prévu aucune procédure d’alerte et de prévention sur le harcèlement. Il y a donc eu un mauvaise organisation du service public de l’éducation et à ce titre la responsabilité de l’État doit être engagée», estime Me Laurent Ayache qui pour le volet de cette affaire a saisi la justice administrative le 13 mai dernier. L’État qui avait 60 jours pour répondre n’a pas donné suite. «Et c’est plutôt regrettable dans cette affaire», souligne l’avocat.
Dès la rentrée, l’État devrait donc être relancé pour s’exprimer sur les attaques dont il fait l’objet et qui, selon Me Ayache, devraient aboutir à sa condamnation. En 2011 et dans une affaire similaire à celle de Marion, le tribunal administratif de Rouen avait en effet estimé que l’Etat était responsable. Dans leur jugement, les juges avaient notamment écrit: «l’absence de procédure de concertation pour prendre en considération la souffrance d’un élève, avec comme corollaire l’absence de mise en œuvre d’une procédure de prise en charge idoine, révèle d’une défaillance dans l’organisation du service; qu’une telle carence dans l’appréhension du harcèlement moral au sein d’un établissement, et en particulier celui dont a été victime XXX, est de nature à engager la responsabilité de l’État.» N’ayant pas fait appel, ce dernier avait donc été condamné et avait indemnisé la famille qui avait perdu leur enfant. Victime de brimades, ce jeune adolescent de 14 ans s’était donné la mort en 2005.