L’utilisation d’enfants augmente partout dans le monde, que ce soit pour la pornographie contenue dans des revues ou que les images circulent par Internet. Et malgré les razzias contre les réseaux de pornographie représentant des enfants, on a bien du mal à infléchir cette catégorie d’abus. La police et la justice se trouvent encore devant de grosses difficultés techniques, juridiques et dans le domaine de la protection des données, explique le professeur Gallwitz, interviewé pour un téléjournal, Tageschau.de.

Monsieur Gallwitz est professeur à l’école supérieure de police de Villingen-Schwenningen, dans le domaine des délits sexuels; il est également expert pour ce qui touche au trafic d’êtres humains, d’abus d’enfants et de maffia du sexe en Allemagne.

T.de : Quel rôle voyez-vous dans l’Internet en relation avec le tourisme sexuel, le trafic d’enfants, la prostitution et la pornographie utilisant des enfants ?

M.Gallwitz : Je voudrais tout d’abord préciser quelque chose : Avec des moyens modernes de communications, d’informations et de déplacements de grande envergure, il y a toujours eu des délits qui ont été commis. Internet a été pensé comme moyen de communication moderne.
Il est impossible, pour l’Etat, comme pour n’importe qui, d’intervenir. L’internet offre toujours les possibilités de contourner les interdictions. Je mets tous mes espoirs en une génération qui aura davantage de compétences que celle qui surfe actuellement sur la Toile.
Je m’explique : L’Internet doit veiller par lui-même à rester correct. Il est cependant clair que les délits ne se commettront plus seulement dans le monde réel, mais également dans le monde virtuel. Nous devons, par conséquent, mettre tous nos espoirs dans les futurs utilisateurs, car ni la police, ni les Etats, ni la société ne peuvent assurer une présence suffisamment vigilante. C’est là que les usagers de l’Internet doivent avoir des compétences. Pour cela, nous avons aussi besoin d’enseignants qui ont des compétences dans les médias.

T.de Que doivent donc apporter les enseignants à leurs élèves ?

M.Gallwitz : Ils doivent également éveiller leur attention sur les mises en danger ainsi que sur leur propre mise en danger lorsqu’ils utilisent Internet. Car, à côté de la pornographie utilisant des enfants, il y a toute la pornographie courante, Nous avons toujours un grand besoin d’aide dans le domaine de la socialisation et de l’éducation sexuelle, mais aussi dans le domaine de la pornographie et tout ce qui gravite autour. Les choses n’ont pas beaucoup changé : Les mises en garde contre les pratiques masturbatoires sont toujours les mêmes, on offre toujours l’image d’une femme disponible et consentante. Et c’est cela que reçoivent les jeunes de 15 ans. Le problème ne va pas se résoudre par lui-même. Nous devons trouver des solutions qui permettent aux utilisateurs du Net, de nous donner des informations, lorsqu’ils remarquent quelque chose d’incorrect.

T.de : Quelles perspectives avec le téléphone sans fil de la troisième génération, avec lequel on peut tirer des photos sans être vu ?

M.Gallwitz : Le législateur a réagi sur ce point, il y a quelques mois. Les réalisations de photos et de films restaient impunies, pour autant qu’elles fussent non accompagnées de sons. Cela a changé. Il y a un problème bien plus grand, qui consiste en ces sites d’échange. Dans ces réseaux baptisés « Peer-to-peer », dans lesquels le dernier arrivé est immédiatement en relation avec l’ensemble du réseau, sans que cela passe par un fournisseur d’accès. Il y a des centaines de millions d’individus connectés à Internet. Ils téléchargent des films et des morceaux de musique, et ce, gratuitement, mais ils peuvent tout aussi bien s’échanger du matériel pédopornographique. Nous avons de forts soupçons que plus de 20% de ce qui transite dans les réseaux « Peer-to-Peer » soit de la pornographie avec enfants. Mais nous n’avons pratiquement aucune prise la-dessus, parce que les propriétaires de PC se mettent directement en relation les uns avec les autres.

T.de : Que peuvent faire la police et la justice là contre ?

M.Gallwitz : D’abord, nous devrions changer le registre des sanctions. Si vous mettez quelqu’un sous chantage pour 20 Euros, on peut mettre sa ligne téléphonique sous surveillance. Mais si vous soupçonnez quelqu’un  de faire commerce de pornographie, c’est beaucoup plus difficile d’intervenir. Il y aurait également quelque chose à changer dans les possibilités d’investigations. Mais pour le moment, nous n’avons aucune possibilité, ni en personnel qualifié ni en moyens techniques pour ne serait-ce que s’approcher des réseaux Peer-to-Peer.
Actuellement nous développons une stratégie d’intervention directe, online et en temps réel pour nous immiscer dans ces réseaux d’échanges : On peut alors faire quelques recherches et enquêter. Et il reste encore des problèmes juridiques à régler : La transmission des cas, par exemple.

Interview de Tageschau.de, 07.10.2004