Droit à l’image, la télé dans le flou

Face à un arsenal juridique qui protège le droit à l’image des personnes, les chaînes banalisent le recours au floutage des visages. Non sans risques

Emigré moldave travaillant au noir dans le bâtiment, détenu parlant de sa vie derrière les barreaux, agent du fisc expliquant comment débusquer les fraudeurs : on ne les voit pas mais ils prennent volontiers la parole devant les caméras. Sans crainte : leur visage est rendu flou à l’écran . Cette technique est en passe de devenir une forme établie d’écriture audiovisuelle. «Depuis quatre ou cinq ans, nous y avons recours au moins une fois par semaine» reconnaît un rédacteur en chef du 19/20.

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Protéger les individus contre tout préjudice lié à la diffusion de leur image : tel est l’objectif premier du «floutage». Il concerne en priorité les personnes filmées en situation de vulnérabilité. Les mineurs se trouvant dans une «situation difficile» font l’objet d’une attention particulière : le journaliste est dans l’obligation de masquer leur identité. «Il faut aujourd’hui un nombre incalculable d’autorisations pour filmer un enfant. Nous avons récemment diffusé une émission traitant des disparitions de mineurs : nous avons dû “flouter” le visage d’une adolescente ayant fugué alors même que ses parents nous montraient sa photo en espérant la retrouver !», raconte Benoît Duquesne, présentateur de «Complément d’enquête» sur France 2.

Les adultes aussi

Les adultes aussi peuvent bénéficier d’une protection particulière lorsqu’ils sont victimes d’attentat, de catastrophes, etc. (..)

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Le droit à l’image est consacré par l’article 9 du code civil institué par la loi du 17 juillet 1970 : «Chacun a droit au respect de sa vie privée». La vie privée et l’intimité des particuliers sont protégées. Toute personne dispose, sur son image ou sur l’utilisation qui en est faite, d’un droit exclusif et peut s’opposer à sa diffusion ou à la divulgation de son identité

Marie BOËTON.

http://www.la-croix.com/Culture/Actualite/Droit-a-l-image-la-tele-dans-le-flou-_NG_-2006-02-17-512882

 

Peut-on encore photographier des enfants?

Perçue hier comme innocente, une banale photo d’un bébé barbotant dans son bain peut aujourd’hui déranger. Voit-on le mal partout? Explications avec Pierre Fantys, professeur de photo à l’ECAL.

Femina A Lausanne, l’exposition Controverses, montée par le Musée de l’Elysée, présente quelques clichés d’enfants nus. Un tel travail artistique serait-il encore possible aujourd’hui?

Pierre Fantys Non, je ne crois pas. Sans aller aussi loin que ces clichés-là, on se rappelle les portraits d’enfants que Marcel Imsand faisait dans les années 1970. Ces derniers étaient unanimement salués. Aujourd’hui, pour faire une photo d’enfant, il faut l’autorisation écrite des parents, même pour des photos anodines. Dans l’expo de l’Elysée, les artistes avaient beau avoir le consentement de leurs modèles, cela ne les a pas empêchés d’avoir des soucis, notamment avec la justice. La société a changé, évolué dans sa volonté de protéger les plus petits.

Qu’en est-il des photos prises par les parents à la maison par exemple?

Quand la photo reste dans le domaine familial, il n’y a généralement pas de problème car les parents ont la plupart du temps un regard univoque sur leurs enfants. En revanche, la donne change si cette même photo est partagée sur Internet. Les images circulent très vite, elles se démultiplient, elles sont copiées, détournées de leur usage. Par le passé, on photographiait très souvent des nouveau-nés nus, placés par exemple sur une peau de mouton, cela faisait une jolie image, très innocente. Rien n’est plus pareil.

Pensez-vous que ce type de photo pourrait un jour disparaître des albums familiaux?

Un album photos est un objet physique, dont on choisit ou non de montrer le contenu. De toute manière, l’évolution tend vers la disparition de la photo traditionnelle au profit des albums sur Internet. La question est plus sensible pour toutes les autres images, celles qui restent sur le bureau ou que l’on poste par Internet et qui peuvent potentiellement se retrouver entre les mains de n’importe qui.

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Par Catherine Hurschler pour Femina