Face à la traite des mineurs, la volonté politique des Quinze fait défaut.

Seule l’Italie a une loi adaptée : si la famille d’origine de l’enfant semble en mesure de le récupérer, il est rapatrié (s’il le souhaite). Sinon il reçoit un titre de séjour, avec la possibilité de suivre des études.

La traite des mineurs en Europe est un phénomène en pleine explosion mais les pays d’accueil tardent à en prendre la mesure. Hormis l’Italie, aucun Etat de l’Union européenne n’a adopté de programme de lutte ni de statut spécifique pour ces enfants réduits en esclavage, venus d’Europe de l’Est, d’Asie ou d’Afrique. Tel est le constat pessimiste auquel est parvenu le colloque organisé sur le sujet par l’OIM (Organisation Internationale des Migrations), les 25 et 26 septembre à Paris. « Les bonnes volontés et les initiatives ne manquent pas », souligne Farid Lamara, un expert de l’OIM. Mais la volonté politique des Etats fait défaut pour affronter le problème, d’où une pénurie de moyens pour les associations sur le terrain. »

 

« A la demande ». Aucun Etat membre des Quinze n’est désormais épargné.

Un peu partout, on retrouve des enfants tombés entre les mains de trafiquants. Qu’ils soient esclaves domestiques dans des familles, ouvriers dans des ateliers de confection clandestins, laveurs de vitres de voitures à la sauvette, forcés de mendier, de voler ou de vendre dans les rues, exploités sexuellement.. Le trafiquant s’adapte à « la demande ». Et faute d’organisme regroupant les informations, il est impossible de connaître le nombre de ces enfants. Lorsqu’ils sont arrêtés aux frontières, ils tombent dans les statistiques de la police. Ramassés errant dans les rues, ils échoient aux services sociaux et sont comptabilisés comme tels. Demandeurs d’asile, ils atterrissent encore dans d’autres colonnes de chiffres..

Tous les spécialistes soulignent une recrudescence de la traite depuis la fin des années 90. L’implosion de la Yougoslavie et la dislocation de l’URSS ont jeté des populations, issues des nouveaux Etats indépendants, dans une extrême précarité. La Moldavie, l’Ukraine ou l’Albanie sont devenues des réservoirs pour la traite des êtres humains, des femmes, mais aussi des enfants. Les guerres et la misère continuent de pousser au départ en Afrique de l’Ouest, ainsi que, plus récemment, la libéralisation économique en Chine. Preuve de ce boom, selon l’adjointe au maire de Paris chargée des Affaires sociales, le nombre de mineurs étrangers passés par l’Aide sociale à l’enfance a quadruplé en quatre ans dans la capitale française, passant de 200 en 1999 à 850 en 2002. Outre les Roumains qui vidaient les horodateurs remplacés depuis par un système à cartes, on trouve des Ukrainiens, des Moldaves, des Maliens, des Congolais, des Sierra-Léonais, des Afghans. et de plus en plus de Chinois.

Statut juridique.

Seule l’Italie, à la pointe sur cette question dans l’Union européenne, apporte une réponse structurée. En 1999, une loi a été adoptée qui donne un statut à ces « mineurs non accompagnés, victimes de la traite ». Un comité interministériel les prend en charge. Si l’on retrouve sa famille dans le pays d’origine et qu’elle semble en mesure de le récupérer dans de bonnes conditions, le mineur est rapatrié, si toutefois il est volontaire. Son retour est alors préparé. S’il ne peut rentrer chez lui, il reçoit un titre de séjour avec la possibilité de suivre des études ou une formation. Déclaré abandonné, il sera ensuite adoptable en Italie.

Ailleurs, c’est le chaos. La Commission européenne a lancé le programme « STOP » qui a permis de financer des recherches sur la traite des enfants au sein de l’Union. Mais, individuellement, les Quinze n’ont procédé à aucune harmonisation de leur politique. Ils ne se sont même pas mis d’accord sur une définition de ces enfants. On parle de « mineurs non accompagnés », « isolés » ou « séparés ». Et un même vocable renvoie souvent à des notions différentes selon le pays.

« Faute d’une politique coordonnée, on leur applique divers statuts selon les cas », souligne Georgina Vaz Cabral, auteure d’une étude comparative dans dix pays européens. En général, ils sont traités comme des étrangers dans la mesure où ils violent les lois de l’immigration ; ils sont aussi des délinquants, s’ils ont été arrêtés en train de commettre un délit. Très souvent, on oublie leur qualité de victimes alors qu’ils sont les jouets de trafiquants. »

Détention d’enfants.

La plupart des pays ont signé les textes internationaux garantissant une protection particulière aux mineurs, notamment la Convention Internationale des Droits de l’Enfant de 1989 (CIDE).

En 2000, le protocole de Palerme a défini les moyens de combattre le trafic d’êtres humains.

A ce jour cependant, seules la France et l’Espagne l’ont ratifié. De plus, les législations nationales ne respectent souvent pas ces textes qui interdisent la détention d’enfants. En France, en Belgique, au Portugal, au Royaume-Uni et en Allemagne, on emprisonne des mineurs aux frontières. A l’instar des adultes, ils sont détenus jusqu’à vingt jours dans les centres de rétention français et l’on parle de doubler ce délai.

Trop souvent, leur sort est lié aux politiques de l’immigration dont la tendance générale est au durcissement. Dès lors, le rapatriement est privilégié sans trop regarder le bien de l’enfant. « Aux Pays-Bas, le climat a changé », regrette Nathalie Boerebach, directrice de l’association Samah qui milite pour un retour digne. « Seuls deux pays sont considérés comme insuffisamment « sûrs » – l’Irak et le Liberia – pour y renvoyer des clandestins. En attendant de repartir, les jeunes de moins de 15 ans sont placés, pour un an maximum, dans des centres fermés où ils portent l’uniforme et parlent en anglais : l’intégration étant exclue, il est jugé inutile de leur apprendre le néerlandais. »

Toutes les associations soulignent par ailleurs l’insuffisance de leur financement. « On est dans une incertitude permanente, sans jamais être sûr que l’année d’après, on aura les moyens de poursuivre nos projets », résume Malik Koudil de l’association Jeunes Errants de Marseille. Preuve que la lutte contre la traite des enfants est encore loin d’être une priorité.

Par Véronique SOULÉ, de Libération, lundi 29 septembre 2003

La Grande Bretagne est devenue un centre principal pour le commerce de la prostitution des enfants dans le Marché Européen.

Londres : Jane n’avait que 14 ans quand on lui a demandé de boire du sang dans une chambre où les têtes des femmes ont été pendues au plafond. Elle a été terrorisée par les trafiquants des enfants et a été envoyée au marché européen de la prostitution, via la grande Bretagne.

Jane(c’est son nom fictif) a aujourd’hui 17 ans et elle vit en Grande Bretagne dans un lieu sûr qui a été surtout créé pour répondre aux besoins des enfants qui ont été victimes des trafiquants.

« Les trafiquants ont recours à la terreur et souvent au vaudou en vue d’engager les enfants », a dit Lynne Chitey, médecin qui travaille pour le « lieu sûr ».

Selon un rapport qui a été publié au début de ce mois par « End Child Prostitution, Pornography and Trafficking (ECPAT UK), la Grande Bretagne est devenue un centre principal de la traite des enfants qui s’accroît de plus en plus.

Les enfants proviennent surtout de l’Afrique de l’Ouest et du Nigeria comme dans le cas de Jane, mais ils proviennent de plus en plus, de l’Europe de l’Est et de l’Europe centrale.

Ils sont envoyés à tous les pays où il y a une demande pour les prostituées mineures, à titre d’exemple, la Grande Bretagne et l’Italie.

« Quelques filles savent déjà qu’elles entreront dans la prostitution. D’autres n’ont aucune idée de leur avenir et croient qu’elles deviendront coiffeuses ou qu’elles travailleront dans un magasin. »

L’organisation « Anti Slavery International » qui a interviewé Jane, a dit que la fille lui avait décrit comment elle avait été amenée à un club caché de Bénin City au Nigeria. La fille a révélé qu’elle est entrée dans une chambre où elle a vu les têtes des femmes, qui ont été pendues au plafond.

« Elle a été obligée de participer à un grand nombre de rituels qui impliquaient qu’elle boive du sang. » Ensuite, on lui a conseillé de n’en parler à personne. On l’a avertie que si elle en parlait, elle serait morte.

Jane a été clandestinement envoyée à la Grande Bretagne, avec un faux passeport. Heureusement pour elle, elle a été bientôt retenue par les autorités.

Mike Kaye, membre de Anti Slavery International’a dit que l’;ECPAT avait à peine dévoilé le grand problème.
A Sussex de l’Ouest, qui couvre l’aéroport de Gatwick, au sud de Londres, les autorités locales disent que depuis 1995, 66 enfants au total auraient été trafiqués dans le pays, dont 18 (garçons) ont disparu.

Dans quelques cas, les enfants rencontrent un faux « parent » à l’aéroport, ou un étranger qui prétend qu’on lui a demandé de l es prendre à l’aéroport Quelques fois les enfants sont obligés de se présenter tout seuls à l’immigration et, selon des ordres stricts des contrebandiers, ces enfants ne peuvent utiliser que des numéros de téléphone qu’on leur avait fourni avant leur départ.

Kaye s’est plainte qu’il n’y avait aucune loi spéciale pour punir les trafiquants des enfants, qui s’en sont tirés avec une condamnation de moins de deux ans de prison.
De plus, la confusion, la peur et souvent la déclaration contradictoire des enfants impliquent qu’on considère ces enfants comme « témoins infidèles ».

(Agence France Presse) 12.2002

Voir aussi un article plus récent mais aux propos semblables: http://www.humanium.org/fr/focus/exploitation/trafic-enfants/