Criminalité:  Un tiers des enfants abusés ont moins de 10 ans

Selon la première statistique suisse des infractions, parue le 22 mars, il y a eu 1526 cas d’actes sexuels commis sur des enfants en 2009, soit trois par jour.

Les chiffres viennent de tomber. Chaque jour, en Suisse (!), trois cas d’abus sexuel commis sur des enfants sont portés à la connaissance de la police.

 Il y en a donc nécessairement davantage, puisque tous les cas ne sont pas dénoncés. Cependant, il faudrait s’entendre sur la notion d’abus sexuels: paroles et/ou actes.

Au moins une fille sur cinq et un garçon sur dix sont victimes de ce type de crime. C’est l’Office fédéral de la statistique (OFS) qui a fait ce constat pour 2009. Car il vient de publier, le 22 mars dernier, la première statistique policière de la criminalité pour toute la Suisse. Une statistique qui, hasard du calendrier, paraît alors que l’Eglise catholique est éclaboussée par le scandale des prêtres pédophiles.

Et le chapitre qui traite de l’intégrité sexuelle est particulièrement interpellant: en 2009 il y a eu 1526 cas d’actes d’ordre sexuel commis sur des enfants. Et 33% d’entre eux étaient âgés de moins de 10 ans au moment des faits.

Seulement, voilà, cette répartition ne figure pas dans le document remis officiellement aux médias. «Il s’agit d’une information que nous remettons oralement et sur demande», confirme Gabriela Maurer, de la section criminalité et droit pénal de l’OFS. Et d’ajouter: «58% des victimes étaient âgées de 10 à 15 ans et les 9% restants sont d’un âge indéterminé.»

Base de comparaison

Est-ce que ça voudrait dire que ces chiffres dérangent et que ce constat statistique est trop insoutenable pour être révélé (voir infographie)?

«Non, c’est surtout qu’il est encore difficile d’en tirer des conclusions car il s’agit de la première statistique nationale. Il faudra attendre l’an prochain», poursuit Gabriela Maurer. «Nous nous basons sur les chiffres des polices cantonales. Elles ont mis à niveau leur système informatique durant quatre ans. Et nous allons directement puiser les informations nécessaires à nos statistiques, tels que l’âge, le sexe, la nationalité. Bien entendu, nous avons des personnes assermentées pour cette récolte.»

N’empêche, quitte à publier une statistique, pourquoi ne pas donner plus de détails sur les chiffres?

«Dans certains cas, les chiffres sont suffisamment bas pour permettre d’identifier un cas.»

Alors comment interpréter ces données?

«Elles nous interpellent. Un abus, c’est un abus de trop. Mais désormais nous aurons une base de comparaison extraordinaire. Car elle révélera des situations dont nous ne sommes peut-être pas conscients», explique le porte-parole de la police fribourgeoise. «C’est un outil qui posera une réflexion. Car avant on calculait par événement, alors que désormais le calcul fédéral se fait par infraction. Et, par exemple, un événement peut contenir plusieurs infractions.»

Cependant, ce dernier émet cette mise en garde: «Plus le chiffre est petit, plus faible est la fiabilité statistique. Les indices nationaux 2009 montrent une moyenne de 9,8 cas d’abus sexuels par habitant (pour 50 000 personnes). A Fribourg, nous sommes à 17,4 cas, c’est-à-dire bien plus haut. Mais nous avons deux cas comptabilisés qui, à eux seuls, regroupent plusieurs infractions et font monter notre moyenne.»

Plus vulnérables

Du côté des structures d’aide aux victimes (LAVI), on n’est pas vraiment étonné.

«Ce n’est pas étonnant, car ce sont les enfants en bas âge qui sont le moins en état de se défendre. Ils croient plus facilement leur agresseur», relève un responsable du Centre LAVI pour le canton de Vaud. «Les chiffres vaudois sont plutôt stables et assez similaires d’année en année. En revanche, nous constatons une augmentation de la violence sexuelle commise entre mineurs.»

Une tendance confirmée par les chiffres fédéraux:

«Nous remarquons que 18% des auteurs sont encore mineurs, 19% âgés entre 18 et 25 ans, et 63% de plus de 25 ans», souligne Gabriela Maurer. Quant aux lieux où ces abus se déroulent, il s’agit pour la majorité des habitations (748 sur les 1526 cas comptabilisés). «Ces délits se passent en secret, ce n’est pas étonnant», commente Benoît Dumas. «Et environ 90% des abus sexuels sont intrafamiliaux» , ajoute  le même responsable du Centre LAVI pour le canton de Vaud.

Même si ces premiers chiffres fédéraux ne peuvent pas encore être interprétés très finement, Fausta Borsani, cheffe de projet chez PLANeS (Fondation suisse pour la santé sexuelle et reproductive), insiste sur une solution efficace pour lutter contre les abus: «L’éducation sexuelle de haute qualité sur un modèle de coopération entre l’école et les experts. Il faut apprendre aux enfants à se respecter eux-mêmes et à respecter les autres. Parce que l’instruction donne de la force pour mettre des limites.»

Stéphane Berney – le 05 avril 2010, Le Matin 

 Comment les protéger?

Les conseils de Fausta Borsani, cheffe de projet chez PLANeS (Fondation suisse pour la santé sexuelle et reproductive), et de Pierre Jaquier, responsable du Centre LAVI pour le canton de Vaud:

« Dialoguer Faire comprendre à l’enfant qu’il peut se confier à ses parents et qu’il n’y a pas de mauvais secret. La meilleure prévention est la relation de confiance entre les parents et l’enfant. Il faut que les parents le signifient à leurs enfants. »

Respecter Apprendre à respecter son corps, soi-même et les autres. Ce qui permet de connaître les limites. En expliquant à l’enfant que son corps lui appartient.

Observer Il faut porter attention à son enfant et à son comportement. Se tenir au courant d’où il va. Faire preuve de vigilance et de méfiance. Surveiller notamment les écrans (télévision, ordinateur et téléphone portable). En cas de confrontation à des images violentes ou pornographiques, entamer le dialogue avec l’enfant pour préciser ce qu’est la norme.

Eduquer L’éducation sexuelle de qualité, par des experts professionnels, est nécessaire dès l’école enfantine et jusqu’à l’école professionnelle au moins.
Les spécialistes doivent accompagner l’école dans cette tâche. De manière générale, elle sert à accompagner les jeunes dans le commencement de leur vie sexuelle.

Introspecter Lorsqu’un parent a lui-même subi des abus sexuels et qu’il n’a pas pu régler ce traumatisme, les experts constatent un possible manque de protection des enfants
face à de tels abus. Ils appellent ce phénomène la «transmission transgénérationnelle de l’abus sexuel». Il faut solutionner les abus sexuels car sinon ils ont tendance à se répéter.

Conseils de mamans

« Je leur ai offert un cours d’autoprotection appelé Tatout. Mes filles apprennent à éviter d’être le bouc émissaire à l’école et à ne pas entrer dans les conflits. Elles apprennent aussi à se défendre physiquement s’il le faut. »

« Je lui dis de faire attention et de ne pas s’approcher des bagarres. J’insiste aussi sur les adultes qu’elle trouverait bizarres. Il faut qu’elle passe son chemin. »
Il faut qu’elle soit elle-même. Et qu’elle soit vraie. Elle doit oser dire oui ou non. Et, si elle ne sent pas une situation, je lui demande de l’exprimer et de ne pas avoir peur. »
« C’est important de parler aux enfants en toutes circonstances, de discuter de ce qu’ils auraient vu ou vécu. Et de leur expliquer qu’il y a des dangers et que tout le monde n’est pas gentil. C’est pourquoi il ne faut pas discuter avec n’importe qui. »

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