Du coaching parental aux blogs, en passant par les rendez-vous conviviaux entre pairs, les propositions pour apprendre à être parents sont plus nombreuses que jamais. Signe de lacunes réelles ou besoin de réinventer de nouvelles formes d’éducation ?
14/04/15

Les rayons des librairies sont toujours aussi fournis sur la thématique de la parentalité, à commencer par les célébrissimes livres de Laurence Pernoud (J’attends un enfant, J’élève mon enfant), réédités tous les ans depuis les années 1950. La presse magazine parentale, les encarts insérés dans certains titres de presse jeunesse prodiguent des conseils aux parents pour les aider à exercer leur autorité ou préparer leur enfant à la rentrée des classes.
La télévision n’est pas en reste, de l’émission «Les Maternelles» (France 5) à «Super Nanny» (NT1). Sur Internet, expériences et conseils circulent sur les forums et les blogs parentaux. Sur le terrain, de nouvelles formes de propositions se développent également : coachs parentaux, rencontres-débats, ateliers de mises en situation… Même les municipalités organisent diverses formes de soutien parental, ouvrent des «maisons des parents». Les parents d’aujourd’hui sontils donc si perdus qu’ils doivent réapprendre le plus vieux métier du monde ? «Ils ne sont pas paumés, mais doutent davantage. Ils cherchent à comprendre plus qu’à éduquer. Cette forme d’anxiété est une grande qualité psychique», estime le très médiatique Marcel Rufo. «Avec la baisse du nombre d’enfants, le bébé est devenu plus précieux. Les parents sont plus responsables, plus conscients, d’autant qu’ils le deviennent généralement plus tard dans leur vie», poursuit le pédopsychiatre, qui proposerait même d’instaurer «des ”cours de parents” au collège et au lycée, où on ferait réfléchir les élèves à ce qu’est un enfant, un parent.

Les progrès de la science justifieraient aussi une «mise à jour» de leurs connaissances. «Depuis l’apparition de l’IRM fonctionnelle, on a beaucoup appris sur ce qui se passe dans la tête d’un enfant. Avant, on estimait que ses crises étaient de sa faute, et que le rôle des parents était de leur fixer des limites. On sait maintenant qu’il faut tenir compte de leurs émotions, et cela n’estpas inné», note la psychothérapeute Isabelle Filliozat.

L’époque n’est-elle pas devenue plus difficile pour les parents d’aujourd’hui que pour les générations précédentes ? Selon l’institut Ipsos, en 2011, 76 % des parents l’estimaient.
Impression que confirme Bernadette Macé, l’une des responsables de l’École des parents de Metz (un des 40 sites en France).
La moindre stabilité de vie des familles (pertes d’emplois, précarités affectives), l’éloignement desgrands-parents ou, pour les immigrés, de leur société d’origine, rendent la vie des parents plusdifficile. La société d’hyperconsommation, et l’omniprésence des écrans ne leur facilitent pas non plus la tâche. «Ils doivent sans arrêt gérer des frustrations, et maîtrisent moins les informations qui parviennent aux enfants. Ce sont des problèmes nouveaux», poursuit-elle.
L’objectif de l’éducation aurait aussi changé. «Avant, on éduquait un enfant en lui apprenant à obéir et à se conformer à des codes. Aujourd’hui, il faut plutôt lui apprendre à trouver sa propre identité, à être capable à la fois de s’adapter aux autres et d’être autonome. C’est plus ambitieux», poursuit-elle. Aux 1 500 adultes qui s’adressent chaque année à cette antenne de l’École des parents (permanence d’écoute téléphonique, accueil avec ou sans rendez-vous, ateliers réguliers à cinq ou six parents), on ne délivre pas de réponses toutes faites. «Nous cherchons ensemble. Car chaque situation est unique. Chaque parent doit apprendre à composer entre la personnalité de chaque enfant, l’éducation qu’il veut lui donner, mais aussi ses propres émotions et son histoire personnelle, que l’enfant va parfois réveiller», précise Bernadette Macé.
Dans la même veine, pour le docteur Sophie Benkemoun, qui a créé l’Atelier des parents, il n’est pas question de prôner une éducation modèle : «Nous travaillons essentiellement sur la communication, qui résout beaucoup de problèmes de discipline, et cela s’enseigne comme les maths. J’utilise des pédagogies très ludiques, et nous rions beaucoup.» Depuis dix ans, elle a accompagné 2 000 personnes par petits groupes, et formé 1 000 animateurs qui exercent désormais au sein de centres sociaux de quartier : «La demande progresse, pour apporter un plus aux groupes de parole, tant il ne suffit pas de vider son sac.»

Le monde du travail commence à s’en mêler. Pour le compte de BNP Paribas, Cetelem ou encore Total, la coach parentale Anne Peymirat, ancienne consultante en management, anime depuis sept ans des ateliers pour les salariés parents, selon la méthode américaine «Calmer, easier, happier». «L’entreprise gagne à ce que ses salariés soient plus sereins», commente-telle.
Cette mouvance correspond, selon elle, à une volonté des parents, souvent très critiques sur l’éducation qu’ils ont reçue, de réinventer leur rôle.
Certains ont d’ailleurs déjà beaucoup lu, et sont parfois perdus. «Alors que je conseillais à un groupe de parents de se rapprocher très près de leur enfant pour lui demander de venir à tableune maman me disait qu’elle avait peur de pénétrer dans son espace vital, comme elle l’avait lu ailleurs», relate Anne Peymirat. Le succès de ces ateliers tient notamment à leur aspect «égalitaire» : les formateurs n’hésitent pas à parler de leur propre expérience, voire de leurs difficultés de parents.
Grâce à l’anonymat, les forums de discussion sur Internet décuplent ces possibilités.
«La grande diversité des parents qui s’expriment permet d’accéder à des points de vue très différents, etparfois très pointus», indique Tiphaine Goron, responsable de Magicmaman, le forum parentalleader sur le marché, avec 4 millions de visiteurs uniques par mois, et 10 millions de messages archivés depuis seize ans. Les échanges y sont souvent très bienveillants, formant une communauté d’anonymes s’épaulant comme des amis.
Même approche «entre pairs», la convivialité en plus, pour les 90 Peps Cafés mis en place depuis un an sur le territoire : des goûters autour d’un noyau d’abonnés au récent magazine Peps (prônant la parentalité positive). «Nous débattons à partir d’articles, échangeons des pistes, mais les parents ont surtout besoin de soutien, particulièrement quand leur propre famille ou leurs amis n’ont pas les mêmes principes éducatifs qu’eux», précise Claudia Mallet, organisatrice à Colmar. Entre deux séances, les habitués ont pris l’habitude de se téléphoner. La version moderne des conversations au lavoir d’antan.
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DU SOUTIEN…

  • Très institutionnel:
    Depuis 1999, l’État a impulsé la mise en place de Réseaux d’écoute, d’appui et d’accompagnement des parents (REAAP) dans chaque département, qui déploient des actions variées avec les ministères, mouvements et associations.
  • Très convivial:
    Le réseau des Cafés des enfants : 7 sites en France, avec des temps dédiés à la parentalité.
    Les «Parlottes» au Cafézoïde à Paris,
    ou encore les ateliers «Des hauts et des bas» aux Potes en ciel, à Lille, parfois autour d’activités manuelles prétextes à discussion.

 

 

http://www.la-croix.com/Famille/Parents-Enfants/Dossiers/Etre-parents-ca-s-apprend-2015- 04-14-1302106?xtor=EPR-9-%5B1300825148%5D

être parents,

DU SOUTIEN EN SUISSE…

Depuis 1998, l’Association pour l’Éducation Familiale propose son accompagnement et son soutien aux familles et à toute personne concernée par l’éducation d’enfants de 0 à 7 ans dans tout le canton de Fribourg:

CONNECTE
Les liens des forums proposés pour la France (Magicmaman et Peps)