Vingt-cinq ans après, un suspect arrêté pour le meurtre de Christelle ,16 ans

Soupçonné d’avoir massacré Christelle, une collégienne âgée de 16 ans, un soir de décembre 1986 au Creusot, un homme a été mis en examen et écroué vingt-cinq ans après les faits. C’est sa manière d’affûter les couteaux qui l’a trahi.

La mère de Christelle et d’autres mères dont les filles ont été assassinées ont fondé l’Association Christelle .

Frappée de 33 coups de couteau, le 18 décembre 1986 au Creusot (Saône-et-Loire), Christelle Maillery, 16 ans, avait été laissée pour morte. Vingt-cinq ans plus tard, son meurtrier présumé a été mis en examen pour homicide volontaire et incarcéré vendredi soir. Il n’a rien avoué aux enquêteurs de la police judiciaire de Dijon ni au juge d’instruction.

Mais l’étau s’est resserré autour de Jean-Pierre Mura, 44 ans, sur la foi d’un indice déterminant. Un couteau avait été retrouvé à l’époque dans le parc des Charmilles, non loin du lieu du crime, dont l’affûtage particulier correspond à d’autres armes blanches en possession du suspect. Cet homme, au parcours chaotique, toxicomane, a été arrêté dans un centre psychiatrique où il séjournait. Jean-Pierre Mura a vécu au Creusot et fréquentait le quartier des Charmilles où il revenait voir souvent ses copains de cité. Un passionné d’armes blanches, qu’il collectionne. Dans le passé, il avait proposé de « dédommager » d’une somme dérisoire de 300 € l’ex-petit ami de la victime « pour la mort de sa copine », lorsque ce dernier avait été un temps soupçonné. Cette information capitale que l’ex-petit ami, décédé depuis, et trop secoué d’avoir été mis en cause, n’avait jamais révélée à la police, avait été recueillie dès 2003 par un enquêteur privé, Eric Belahouel. Ce dernier travaillait pour l’Association d’aide aux familles victimes d’agression criminelle. Une information essentielle qui avait permis de demander la réouverture du dossier en septembre 2005.

Marie Pichon, la maman de Christelle Maillery, se dit « soulagée » enfin de cette avancée de l’enquête sur le meurtre de sa fille, massacrée à son domicile de la rue des Charmilles en rentrant du collège. Cette ancienne gérante de station-service a tout sacrifié pour la quête de la vérité. « Un combat de longue haleine, mais c’est aussi la satisfaction de voir que notre acharnement est enfin récompensé », confie Marie-Rose Blétry, la présidente emblématique de l’association et mère d’une enfant de 20 ans, elle aussi frappée à mort de 113 coups de couteau, dans un fossé à Blanzy (Saône-et-Loire) au soir du 28 décembre 1996. Une association qui, pour financer ses avocats et enquêteurs privés, multiplie les ventes de brioches sur les marchés. « On espère seulement que ce résultat permettra de mettre en place des moyens supplémentaires pour résoudre les autres crimes de la région », insiste Marie-Rose Blétry. Douze affaires criminelles, des meurtres de jeunes femmes, ont frappé la région de 1984 à 2005.

Cette mise en cause d’un suspect, c’est aussi le résultat « d’un travail méthodique de recherches et de recoupements », se satisfont Me Didier Seban et Me Corine Herrmann, les avocats de l’association, qui n’ont pas hésité parfois à jouer les profileurs pour débusquer le suspect. « L’essentiel est d’aboutir même vingt-cinq ans après. Cela montre que c’est possible et qu’il ne faut jamais renoncer », insiste Me Seban qui plaide toujours pour « une mise en commun de ces dossiers dans une cellule d’enquête ».

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